TIGERLAND TRES CLASSE
Joel Schumacher semble convaincu qu'il est un auteur. Arrêtez de rire ! L'immortel réalisateur de
8mm,
Batman et Robin et
Personne n'est Parfait(e) reprend carrémment ici à son compte quelques règles du Dogme de Lars Von Trier : caméra à l'épaule, image vidéo granuleuse, lumières et décors naturels, absence d'effets spéciaux, soucis de réalisme omniprésent. Le film parvient même à respecter à peu près le 8ème commandement puisque
Tigerland ne s'inscrit pas précisément dans le genre bien défini du film de guerre, mais plutôt dans le sous-genre du film d'entraînement (
Full Metal Jacket) dénonçant les torts de l'armée (
Les Sentiers de la Gloire) et mettant sur un piédestal la personnalité magnifique d'un insoumis (
Luke La Main Froide). Bien entendu, le nouveau film de tonton Joel n'arrive pas à la cheville de ces trois archi-classiques mais il parvient à conserver jusqu'au bout une certaine cohérence dans sa forme et dans son propos. Une bonne surprise !
TigerLand, c'est l'histoire d'une répétition. De jeunes recrues s'apprêtent à partir pour le Viet-Nam et attendent de subir le terrible entraînement du TIGERLAND, camp recréant fidèlement les conditions d'opération au 'Nam. Mais le soldat Bozz (Colin Farrell) refuse de se plier à toute forme d'autorité et devient rapidement l'idole du rêveur Paxton (Matthew Davis). Conflits, entraide, rivalités, toutes les étapes indispensables à l'émergence d'un univers de fraternité virile et de compréhension mutuelle se succèderont au cours de cette dure période d'initiation. C'est beau et c'est noble.
Et c'est pas mal ! Schumacher réussi ce que presqu'aucun réalisateur dogma n'était parvenu à faire (même si
Tigerland n'est pas officiellement un film Dogme), à savoir justifier par la nature même de son projet l'emploi de ce parti-pris formel. Le filmage en vidéo renvoie directement aux essais tournés par certains cinéastes pour préparer leur mise-en-scène. Il associe ainsi cette répétition formelle à la répétition du TIGERLAND. La sensation de prise sur le vif est bien restituée et les personnages suffisamment bien campés pour qu'on finisse par y croire.
Le film n'est pas exempt de défauts : on ne sort presque jamais d'un univers ultra-stéréotypé et même l'anticonformisme de Bozz paraît prévisible, conventionnel. Cependant, Colin Farrell, sorte de croisement entre George Clooney et Russel Crowe, confère au personnage une humanité ambigue, une certaine épaisseur. A ses côtés, on retrouve avec plaisir Clifton Collins Jr (le tueur de
Traffic) et Cole Hauser (le chasseur de primes de
Pitch Black), qui parviennent l'un comme l'autre à une vérité et une sensibilité parfois proche du
Platoon de Oliver Stone.

Même si l'ensemble reste plat et prévisible, l'approche du réalisateur transcende en quelque sorte la pauvreté du récit (certaines scènes atteignent d'ailleurs un degré poussé de brutalité et de sadisme), histoire qui n'est pas sans rappeler l'excellent roman de James Crumley
Un Pour Marquer la Cadence. Alors, de là à parler d'auteur, il y a encore de la marge. Mais
Tigerland se place largement, à côté de
Chute Libre et
Génération Perdue, dans le petit peloton des films corrects du réalisateur. On peut difficilement dire mieux.