MINORITY REPORT : CLASSE
Voir en
Minority Report un œuvre phare est peut être allé vite en besogne même si l'idée de base du scénario, très originale et alléchante, et l'absence presque totale dans le film de compassion envers ses héros a de quoi fasciner. Pour autant, le film en impose de part un retour à la réalisation ingénieuse, énergique, surprenante et euphorisante de Steven Spielberg, ainsi qu'une identification au personnage principal assez remarquable.
Nous voici donc plongés dans 2h30 d'émotions intenses au cœur d'une aventure plus que dépaysante et allégée de (presque) toute caricature (que c'est rare de nos jours dans les salles !). A cela viennent se rajouter de nombreux "détails" travaillés jusqu'à l'os afin de fournir un spectacle de la meilleure qualité possible : ainsi c'est avec plaisir que l'on entend la partition de John Williams, enfin libéré des violons monotones auxquels, en dehors des thèmes principaux de ces derniers films, il nous avait trop habitué (écoutez les bande originales de
Harry Potter ou
Episode 2 du début à la fin pour comprendre). Désormais dans
Minority Report la musique contribue au tempo infernal de l'action, à tel point qu'il est inutile de courir se la procurer en CD : elle est quasiment indissociable de l'image (et le meilleur morceau, du Schubert, n'y figure même pas). La photo du film bénéficie du même soin : surexposée au paroxysme, celle-ci fait largement penser aux plus beaux plans de
A.I., au service d'une époque futuriste esthétiquement sobre, et donc dans laquelle le spectateur trouve tout de suite ses marques.
Restent encore les acteurs. Tom Cruise : son personnage totalement dépassé par les évènements pourrait faire croire à certains qu'encore une fois il manque d'expression. Que nenni : face à la situation extrême à laquelle il fait face, sans égaler sa performance de
Eyes Wide Shut, il s'avère riche de nuances, de conflit, et de souffrance. A côté de lui on trouve une pléthore de seconds rôles particulièrement bien choisis (une trade mark chez Spielberg). Chaque comédien parvient parfaitement à rendre son personnage crédible et immédiatement attachant (même les pires crapules) : Colin Farell, Max Von Sydow, Peter Stormare, Tim Blake Nelson, … les connaisseurs complèteront la liste d'eux-mêmes.
Alors, quel bât blesse dans
Minority Report ? Qu'est-ce qui fait que ce n'est pas le grand film (ou chef d'œuvre) que l'on attendait ?
Son premier défaut, et le plus important, est bien évidemment sa trop grande prévisibilité : car oui, le dernier film de Spielberg reste avant tout un film d'action et de divertissement, et ne peut malheureusement s'empêcher de suivre les chemins tout tracés de ce genre. Pour tout vous dire, alors que
Minority Report tente de surprendre (principalement à l'amorce de son final), il se peut que depuis le début du film vous ayez compris quel personnage tire toutes les ficelles (il suffit tout simplement de se poser la question de qui serait capable de tout pour arriver à ses fins en arrivant à rester assez dans l'ombre pour ne pas être suspecté durant tout le film : tout les indices, même en images, sont donnés dans les vingt premières minutes !).