Paris je t'aime: ClasseLe film à sketches est un exercice délicat. Il s'agit de poser un univers en trois minutes. Certains y arrivent brillamment, certains sont moins efficaces. Le segment des frères Coen est l'un des sommets de l'ensemble. Leur Paris est décalé et cruel. Un touriste Américain typique et inoffensif (Steve Buscemi) a le malheur de croiser le regard d'un couple français alors qu'il attend dans le métro. Malheur à lui. On bascule dans une fantaisie débridée et de très bon aloi, car délicieusement absurde et cruelle.
A chacun son cinéma: ClasseDans le même esprit, la partie des frères est un bel hommage décalé au septième art. Un cowboy au fin fond de l'Amérique entre dans un cinéma d'art et d'essai et il est très ému par le film que l'employé du cinéma lui a conseillé. Il tient à lui témoigner de sa gratitude. C'est touchant et drôle.
No country for old men: Grande classe, encore à genoux s'il vous plait...Il est rarissime de crier au génie à la sortie d'un film. Mais ça arrive. Donc crions tous en coeur d'extase. Déjà parce que ça défoule. Et ensuite parce que nous tenons peut-être là l'un des tous meilleurs films des frères Coen et ce n'est pas peu dire. On retrouve l'ambiance noire de
Blood simple, mais dans le dépouillement majestueux du désert Texan. Chaque plan est somptueux. L'étrange personnage magistralement campé par Javier Bardem est inquiétant et énigmatique au possible et traque le pauvre cow boy qui a trouvé une mallette pleine d'argent en pleins désert, au milieu de cadavres. On retrouve cette coïncidence miraculeuse entre l'intériorité des personnages, leur malaise qui contaminent l'ambiance du film comme dans
Barton Fink. Les frères Coen s'approprient de nouveau les codes du polar comme à la grande époque de
Fargo. On retrouve ces auteurs en empathie constante avec leurs personnages aussi barrés soient-ils.
On a ici la quintessence de leur cinéma dans tous ses aspects (des personnages déjantés, une violence sans concessions, un pessimisme constant, des situations bizarres, un humour noir et absurde). On peut jouir de nouveau de leur point de vue unique, ce décalage qu'on aime, cette mise en scène maîtrisée, cette direction d'acteurs parfaite. L'adaptation de Cormac Mc Carthy est tout simplement brillante.
Tout est là, transcendé, dans un coup de génie comme on en voit peu. Ça vous laisse la mâchoire à terre à chaque séquence, murmurant benoîtement « mais c'est génial! ». Le résultat est magnifique, unique. Faites vous porter pâle et allez le voir en boucle... Parce que voilà le chef d'oeuvre de cinéastes en pleine possession de leur art, qui mélangent les genres et les ambiances avec génie, qui vous emportent et vous laissent perplexes. Ça ne ressemble qu'à eux. C'est comme si leurs autres films avaient été les prémices de celui-ci. Ça ressemble fort à une oeuvre somme, définitive. Pour résumer: ça fait du bien.
Burn After Reading: un petit peu classe tout de mêmeAvec
No Country for old men, formidable adaptation d'un roman de Cormac McCarthy, les frères Coen se surpassaient après quelques objets sans envergure comme
Ladykillers. A dire vrai, ils atteignaient un niveau si stratosphérique dans leur filmographie que l'on pouvait redouter à juste titre qu'ils n'arrivent pas à faire aussi puissant par la suite. Le verdict est sans appel :
Burn after reading n'est qu'une comédie mineure qui vient clore une trilogie sur les idiots commencée avec
O'Brother et
Intolérable cruauté - le fil conducteur entre ces trois volets étant George Clooney. Rien de honteux ; on est juste en terrain familier avec ce que ça peut comporter d'ambivalent: sympathique et déjà vu.