Meurs un autre jour (2002), de Lee Tamahori
CLASSE Bond, James Bond. Arrêtez, ça suffit ! Il est temps de laisser la place à Ethan Hunt ou à ce sacré triple X. Il faut se rendre à l'évidence, de l'espion au service secret de sa Majesté, il ne reste plus que le double zéro de son matricule. Le 7 est parti dans le souvenir d'un
Jamais plus jamais, où Sean Connery enterrait le mythe avec un dernier pied de nez, celui d'être l'officieux de la série. Il est loin le temps où l'agent secret faisait recette dans le cœur de ses fans, où son cynisme et son flegme britannique emportaient tous les suffrages. Prendre le méchant de
Rocketeer pour relancer une turbine emmêler dans la moumoute vieillissante d'un Roger Moore fatigué, n'est pas l'idée la plus brillante de ses auteurs.
Permis de tuer (Le mythe ?) ou
Tuer n'est pas jouer (en résumé tout sauf un Bond) n'ont pas convaincu. Reste ce petit gars, charmant au demeurant qui nous harcèle par le biais d'une flopée d'épisodes de
Remington « Style », du sous James cathodique, pour espérer gagner encore un peu de pognon. A défaut d'autre chose, on va en tout cas s'en servir comme faire valoir de ce qui a fait le succès de la franchise, et surtout ne lui laisser aucune liberté quant à son personnage. La chose est entendue et Pierce Brosnan devient le Bond de
Goldeneye.
Tant et si bien qu'emmitouflé dans une tonne de gadgets high-tech, entouré des plus belles pouliches venues de l'Est, vantant les mérites en vrac: d'une boisson gazeuse non alcoolisée, d'une bière américaine, d'une mastercard, d'un portable identifiable, d'une montre au cigle grec munie d'un bracelet cuir, outrage ô désespoir d'une BMW flambante neuve (s'en fout, Bm a raqué une fortune) et de la musique d'Eric Serra (non attendez, on l'a refait de la musique d'Eric Serra) et on en passe, 007 est devenu le meilleur support publicitaire cinématographique que la terre ait jamais porté.

Mais que se passe t-il ? Alors que le scénario est bancal, Brosnan Muselé et que Fleming a entamé une rotation dans sa tombe, ça cartonne ! Mais il faut remettre ça au plus vite ! Comment faire, on reprend le petit gars, il passe pas mal ! On va lui laisser croire qu'il peut modifier deux, trois bidules, il nous foutra la paix ! Allez au boulot, une nouvelle BMW, voiture et moto (pourquoi se priver, Bm a raqué deux fois plus, c'est la fête !), une nouvelle montre, on rote une ou deux bières de plus, on y ajoute un petit coup de mastercard, un mobil phone dernier cri, un actrice asiatique (on est dans le mouv !) le méchant de
Ronin et Fleming finit sa rotation. Alors ? Mais c'est quoi ce bordel, ça marche ! Okay les gars, Le Bond il est pas mort, on va en faire péter un troisième, en même temps que le champagne, dommage que Bm y font pas les hélicos. Tiens au fait, le gars qui porte le smoke et qu'y dit qu'il s'appelle James, il a signé pour combien de pubs ? Trois ! Allez me le chercher ça va pas du tout, il va peut être falloir l'écouter un peu. Comment ? Vous sentez plus le personnage comme, ça, vous voulez flinguer Sophie Marceau. On peut quand même vous mettre la dernière BMW, bon bn okay, mais va falloir négocier pour le suivant. Il est fou ce Pierce, il dit qu'il veut se rapprocher du personnage de Sean Connery et ne pas tout axer sur les gadgets sinon il signe pas pour un quatrième. Si c'est pas malheureux, on lui file plein de pépètes, la nana de
Starship Troopers et il est pas content ! Mais bon sang de bonsoir : Le monde ne (lui) suffit pas ! Tilt, mais c'est un titre de fou furieux ça ! On le garde, appelez l'actrice de
La boum, on le fait !
Ouais, on peut pas dire que ce soit terrible au niveau du box-office, mais on sent qu'on peut encore exploiter le filon. Comment ? Pierce, il veut encore plus de changements. Mais c'est qu'il commence à me courir celui-là. Z'avez qu'à lui dire qu'on va prendre le footballeur de
Jerry Maguire (NDLR : Cuba Gooding Jr. ayant été approché pour le rôle de Bond), ça va le calmer. Quoi ? Il dit qu'il veut encore plus de changements, qu'il a pris de l'assurance dans le personnage et que
Thomas Crown et
The Tailor of Panama sont des pendants audacieux qui conviendraient parfaitement à Bond. Il y imprègne tout son charisme, une dose d'autodérision salvatrice faisant preuve dans le même temps d'une classe de plus en plus évidente dont James se satisferait grandement. Banco, après tout, le pote de Tom Cruise y me plaisait pas.
Un philosophe bien connu a dit, ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort. En dépit de l'acharnement des producteurs à ne pas voir en Pierce Brosnan un héritier direct de Sean Connery, on a failli renvoyer l'espion dans les oubliettes du succès. Il a fallu moult négociations avant que le comédien n'impose ses idées sur le mythe enfin libéré de l'ombre pesante de la prestation de son aîné écossais. Pierce Brosnan revient ainsi avec un des meilleurs Bond depuis
Jamais plus jamais, dépoussiérant la saga. Tel le phoenix qui renaît de ses cendres on a trop vite voulu enterrer Bond, qui n'est certainement pas né sous X (même s'ils sont trois) mais bien du cerveau d'une auteur, Ian Fleming. C'est à lui que
Meurs un autre jour rend un vibrant hommage tout en donnant à Brosnan l'occasion de s'en accaparer une fois pour toute la substance.
Par le biais d’une mise en scène inspirée et respectueuse de ses comédiens, Lee Tamahori (de retour en grâce après s’être fourvoyé dans des productions US navrantes) démarre les hostilités tambour battant à l’image des ses impressionnants plans de Bond et ses acolytes surfant de nuit des vagues gigantesques. L'heure est bien au renouvellement comme l’atteste un prologue aussi spectaculaire qu’inédit où l’on assiste à la petite mort d'un Bond invincible, inoxydable, "qui se laisse prendre par l'ennemi", trahi par les siens. Pour s'en sortir, il devra effectuer une juste retour aux sources au sens propre et figuré dont on ne se plaindra pas tant il est réussi et s’accompagne d’un véritable festival de références (rendant hommage aux 40 ans de la série), de bons mots dont Brosnan se délecte à répartir les effets. Sarcastique, charmeur, dangereux, toutes le facettes du personnage que l'on connait sont désormais celles du comédien. Il suffit de le voir rentrer dans un grand hôtel de Hong Kong, en guenille, mal rasé, sale et trempé de la tête au pied pour s'en convaincre. Il a tellement de classe et de prestance que la faune habituelle de ce genre d'endroit costume cravate et tailleur de haute couture, semble à ses côté avoir l'air d'être eux en pyjama.
Les bon(d)s mots fusent (cela faisait une éternité que les punchlines de Bond n’avaient pas été aussi inventives et percutantes), Halle Berry explose tout simplement l'écran et rivalise même avec la mythique Ursula Andress de
Dr No. Tout décontracté que soit le récit, la comédie ne prend jamais le pas sur l’action. C’est ainsi qu’avec un dosage parfait, le programme des péripéties auxquelles Bond doit se soumettre est particulièrement riche et varié : Une incroyable poursuite en voitures sur terrain gelé (Aston Martin contre Jaguar, toutes les deux blindées d’armes plus destructives les unes que les autres), un époustouflant combat aux armes blanches (du fleuret à l’épée en passant par le sabre ou le katana) qui renvoie aux plus belles heures des films de cape et d’épée (
Scaramouche et autre
Prisonnier de Zenda) l’esthétisme en moins mais l’âpreté du duel en plus et plein d'autres surprises qu'il vous faut découvrir au plus vite.
Meurs un autre jour est tout simplement jouissif dans sa conception, ses références et son aptitudes à donner à Pierce Brosnan l'occasion de nous prouver une fois pour toute qu'il est Bond : James mourra donc un autre jour !
A l'ombre de la haine (2002), de Marc Forster
CLASSE Dans une petite ville du sud des Etats-Unis, Hank Grotowski, comme son père Buck avant lui, travaille au quartier des condamnés à mort au sein de la prison locale. Son fils Sonny y fait également ses débuts. Hank a depuis longtemps appris à être distant et froid, tandis que Sonny fait preuve d'une grande sensibilité. Tous deux sont en charge de l'exécution capitale de Lawrence Musgrove, un Noir dont le passe-temps favori est de dessiner des portraits. Sa femme Leticia et son fils Tyrell viennent régulièrement lui rendre visite. A la suite de tragiques événements, Hank et Leticia vont être amenés à faire connaissance. Cette rencontre va bouleverser leur existence.
Une très belle scène d'amour dans un croisement de destins tragiques. Bouleversant. Halle décroche un Oscar mérité !