ED WOOD TRES CLASSE
Cette évocation de la vie et de l’œuvre du « plus mauvais réalisateur de tous les temps », offre à Johnny Depp l’un de ses plus beaux rôles et à Tim Burton l’un de ses plus beaux films. Comment ne pas être ému par l’honnêteté de l’artiste total (à l’image de son modèle Orson Welles) que fut Ed Wood ? Comment ne pas être touché par sa foi inébranlable et son enthousiasme à toute épreuve ?
Même si ses films sont très loin d’être des chefs d’œuvre (sauf au 36ème degré), le personnage est très attachant, et Depp interprète cet excentrique enthousiaste avec une honnêteté touchante (jusque dans son travestissement). Nulle trace d’ironie, de cynisme ou de raillerie chez l’acteur comme chez son metteur en scène (pourtant le sujet s’y prêtait). Juste un vibrant hommage à l’amour du cinéma et aux doux dingues qui peuvent faire des films avec trois bouts de ficelles, avec une belle conviction, tels des Don Quichotte d’un nouveau genre. Et c’est ainsi que Depp habite son personnage, avec une naïveté et une candeur sobre et bouleversante, sans le ridiculiser. L’hommage élégant de Tim Burton à cet homme qui fut assurément l’une de ses influences trouve en son acteur principal un équilibre idéal. A noter aussi la bouleversante interprétation de Martin Landau (oscarisé pour ce rôle, en Bela Lugosi drogué et au bout du rouleau).
Tout ça fait de ce film un vibrant hommage aux créateurs (quel que soit leur talent), à leur intégrité, à leur ténacité… Bref, à cette belle folie dont les gens normaux sont dépourvus et dont on a souvent tellement besoin. Ce film est un monument à tous points de vue. Cette évocation d’Ed Wood lui fait gagner ses galons de « plus touchant réalisateur de tous les temps ».
NH
GILBERT GRAPE ASSEZ CLASSE
Lasse Hallström réalise là un film très attachant. Gilbert Grape (Johnny Depp, donc) est le soutien unique de sa famille isolée. Il s’occupe de sa mère pachydermique et impotente qui ne peut plus sortir de la maison, gère les crises de sa sœur adolescente et surtout prend soin de son frère Arnie (Leonardo DiCaprio) handicapé mental, toujours prêt à causer des ennuis lorsqu’il n’est pas surveillé.
Le personnage de Depp est donc seul face à l’adversité. Il se prend les normes et les règles qui ne s’appliquent pas à sa famille en pleine gueule, et doit s’arranger avec. Il est donc dans ce film le « supporting role » par excellence, c’est à dire que tout le monde dépend de lui. Il est par conséquent toujours un peu en retrait, un peu en sourdine, en parfaite complémentarité avec le personnage très expressif et « déchainé » de DiCaprio. Encore une fois, Depp trouve la note juste, la place idéale, le ton qui sied à son personnage très sobre et très émouvant. Une performance d’acteur qui pourrait paraître mineure puisqu’il ne passe son temps qu’à réagir (mais c’est là l’essentiel du métier d’acteur).
Il le fait avec une telle économie de moyens et un tel naturel qu’il touche à la vérité profonde de son personnage. Il l’évoque d’ailleurs comme assez douloureux à incarner pour lui, puisque très proche de son expérience personnelle. Il parvient à exprimer sa résignation et sa lassitude face à ses écrasantes responsabilités. Un bien beau rôle vibrant de mélancolie et d’espérance contenue.
NH