MEURTRE EN SUSPENS CLASSE
Johnny Depp arrive décidément toujours à se faire remarquer. Quand il endosse la défroque d'un
straight-guy, fait rarissime; la -relative- originalité du concept le rattrape. Soit ici un film se déroulant en temps réel, dans lequel le personnage incarné par Depp -un employé de bureau- voit sa progéniture se faire kidnapper par d'énigmatiques
bad guys (Christopher Walken est de la fête!) qui exigent une chose en échange de la libération dudit marmot: que le brave Johnny Depp utilise le revolver qui lui a été remis pour abattre une femme sénateur en route pour la présidence des Etats-Unis. Si le pitch ne permet pas à Depp de briller par l'intelligence et la variété de son jeu -il passe la majorité du film à courir et à stresser, mais le fait bien-, le métrage vaut franchement le détour pour son histoire rondement menée et haletante de bout en bout, de même que pour la réalisation au carré de John "
Saturday Night Fever" Badham. Certes,
Meurtre en suspens ne laisse pas un souvenir impérissable, mais il ne laisse pas non plus un mauvais arrière-goût dans la bouche. A voir.
CM
DEAD MAN TRES CLASSE
A peu près tout a été dit sur ce film: la renaissance du Western, son requiem, un chef-d'oeuvre contemplatif et violent à la fois, un chef-d'oeuvre violent et contemplatif à la fois, un des meilleurs rôles de Robert Mitchum, un des meilleurs rôles de Johnny Depp. Tout est vrai.
En deux heures, Jim Jarmusch revisite le Western à sa sauce, saupoudre son film de personnages lunaires et paumés, puis emballe le tout dans un noir et blanc dont l'évidence saute aux yeux dès les premières secondes. Et bon Dieu! Que le plat est bon. A ce stade, ce n'est plus du cinéma: c'est de la gastronomie.
CM
DON JUAN DE MARCO CLASSE
Depp campe ici un personnage d’opérette, absolument excentrique et outré, doté d’un incroyable pouvoir de séduction et d’une mythomanie galopante et communicative qui entraine tous ceux qui l’approchent (y compris le spectateur) dans son délire. Il est donc persuadé d’être Don Juan. Suite à une tentative de suicide puisque son unique amour, Dona Ana, ne consent pas à s’unir à lui, on l’interne. Le psychiatre Jack Mickler (Marlon Brando), à dix jours de la retraite se charge de le soigner. Mais c’est compter sans l’envahissante fascination que ce personnage costumé et masqué exerce sur ses prochains, même les plus réticents. Le psy se laisse donc peu à peu contaminer et devient tel que Don Juan le décrit, le grand Don Octavio del Flores.
Histoire aussi exquise qu’improbable, qui sans son duo principal aurait pu être une bouffonnerie romantique un peu facile. Mais nous tenons là le dernier rôle de monsieur digne de Marlon Brando où il fait face à Johnny Depp dans une rencontre à l’alchimie très réussie. Leur complicité opère ici à merveille (plus que dans
The Brave où Depp est spectateur du monologue de Brando). Depp dira plus tard dans l’excellente émission « Inside the actors studio » que son principal challenge sur ce film était de conserver son sérieux devant son facétieux partenaire (volontiers blagueur potache sur les tournages). La chose se sent.
Ce film gagne dans ce duo une extraordinaire légèreté, grâce à la conviction dont ils font tous deux preuve. Aucun ne cède à la tentation d’en faire une farce. Ils insufflent une vraie profondeur à leurs personnages pourtant très typés, presque caricaturaux. Grâce à eux le film peut prétendre à la légèreté immorale (et vivifiante) des opéras du XVIIIème siècle où rien n’est sérieux ou condamnable (comme dans « les Noces de Figaro » ou « Cosi Fan Tutte »); où la vie est un jeu.
Cela n’a pas échappé aux deux acteurs qui, dans le raffinement de leur interprétation, peuvent prétendre à cette élégance amusée, loin de la bouffonnerie ou du burlesque qui juge et condamne en se moquant.
NH