Par Nicolas Houguet - publié le 21 février 2008 à 05h05 ,
MAJ le 19 mai 2010 à 10h38 - 0 commentaire(s)
A la rédaction, on sait ce que je pense de Juliette Binoche... En gros, elle est la classe ultime, la plus grande actrice du monde, le Saint-Graal (ou du moins Marie-Madeleine). Maintenant étant donné qu'il faut justifier ce statut, un classe pas classe s'impose. Et puis Paris de Klapisch sort cette semaine. C'est donc l'occasion de passer sa filmographie à ce crible impitoyable (et objectif à moooooort), pour aboutir à cette conclusion : elle est la classe ultime.


Rendez vous: Classe
Ce film est enfiévré, exalté comme une adolescence, avec tout le sérieux buté et la part de ridicule que cela comporte. Une jeune femme Nina, s'éprend de Quentin, extrêmement torturé et cruel. Tous les personnages sont écorchés vifs, dans la souffrance existentielle absolue et la marginalité. Le registre est dur pour les acteurs car il demande d'aller dans l'extrême et de risquer l'exagération en permanence. Binoche est déjà d'un naturel absolument désarmant, d'une facilité incroyable. Comme elle le dirait plus tard, elle reste ouverte à toutes les spontanéités, à toutes les émotions qui la traversent pour un rôle. C'est ainsi qu'elle le fait exister avec expressivité. Elle a la rareté d'être absolument juste tout en étant totalement extériorisée. A ses côtés, les artifices se voient. Ceux de Paulot (Wadeck Stanczak), enfermé dans la douleur hyperbolique de son amour à sens unique, dans sa fureur au premier degré. Un personnage trop linéaire sans doute, comparé à Quentin qui lu,i par contre, oppose sa froideur cruelle et sadique à l'affection que lui voue Nina. Il est beaucoup plus complexe et torturé. Lambert Wilson parvient à traduire le mystère de ce personnage qui demeure une énigme pendant la première partie du film. On le déteste et on admire la performance de l'acteur dans ce personnage à première vue détestable, totalement nihiliste et insensible à tout (on comprend pourquoi à la fin du film). Un film sauvé de la pose excessive, romantique et adolescente par le choix magnifique de son duo d'acteurs principaux et aussi par le contrepoint d'un Jean Louis Trintignant plein de désillusion à la fin du film. On aurait pu craindre une histoire au premier degré. Mais les grandes prestations de Juliette Binoche et Lambert Wilson, ainsi qu'un scénario assez beau puisqu'il vous fait dépasser votre première impression, font de ce film intense une assez belle réussite.

Mauvais sang: Un peu classe
Le film a objectivement vieilli. Il apparaît comme un objet étrange, sophistiqué et artificiel. Il est pourtant attachant. Par ce romantisme que Carax met en tout, son intensité ici presque naïve, innocente. Juliette Binoche incarne cela au début de sa carrière. Elle est une femme enfant rayonnante. Son personnage est ici proche de Michel Piccoli, mystérieuse pour le héros. L'histoire est alambiquée, improbable. Le film est maladroit, expressif, démonstratif et criard. Un auteur se cherche. Son actrice est attachante mais encore un peu en retrait. Elle deviendra un temps l'égérie du cinéaste et le symbole de son âge d'or créateur avec Les Amants du Pont-neuf.


L'insoutenable légèreté de l'être: La classe ultime
Ce film est un chef d'oeuvre comme on en voit assez peu. Il tient par la mise en scène exemplaire de Philip Kaufman (le directeur de la photographie n'est autre que Sven Nykvist, collaborateur privilégié d'Ingmar Bergman), alliant avec une réussite rare les moments très intimistes et suggérant le grand souffle de l'histoire à travers le destin des personnages. Il tient aussi et surtout par le trio miraculeux d'acteurs principaux. Daniel Day-Lewis, dont chaque apparition au cinéma est une leçon, dégage la légèreté, la frivolité, la malice, l'amusement sensuel permanent et espiègle qui anime son personnage. Il est libre comme l'air, même lorsque les circonstances conspirent pour l'accabler ou le capturer, il reste fidèle à lui-même et à son choix de vie, qui est de s'amuser, même au milieu du désastre, même quand tout s'effondre, il a encore la force de vivre et d'exister comme il lui convient. Il est animé par une indépendance profonde et obstinée, une liberté individualiste et farouche. Pourtant, sans se cacher de ses infidélités, il aime profondément sa femme. C'est Tereza, la jeune Juliette Binoche. Elle est charmante, fraîche, légère, libre, elle aussi mais d'une autre manière, plus ingénue et plus naïve, moins perverse sans doute. Elle est douce, naturelle, belle et émouvante, charmante et allègre. Elle promène sa dégaine encore un peu enfantine et innocente dans ce film qui commence dans l'insouciance que son couple conserve malgré tout jusqu'à la fin. L'actrice est radieuse dans ce rôle de jeune femme amoureuse et loyale à son mari. Lena Olin offre un beau contrepoint au personnage pur de Binoche, proche de Day Lewis. Le film est d'un raffinement tout simplement admirable qui évite toute forme de facilité et de médiocrité.

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