Paris je t'aime: classeLe segment avec Juliette Binoche est l'un des plus émouvants (avec celui d'Alexander Payne). Elle y évoque en quelques minutes la douleur d'une mère, inconsolable après la mort de son fils. Elle le fait avec une telle conviction que l'on se sent envahi d'emblée. Et lorsqu'elle tente de retenir son enfant qu'elle a retrouvé à la faveur d'un songe, elle a déjà suggéré toute l'histoire de cette femme, en quelques gestes, juste par la grâce de ce chagrin qu'elle a exprimé d'une manière immédiate, estomaquant de justesse.
Les mots retrouvés: pas classeL'argument du film et son casting étaient prometteurs. Le sujet était assez profond : une fillette qui imaginerait les mots, dont la force de concentration confinerait à la grâce divine. Ça aurait pu être intéressant. C'est au final pas franchement mauvais mais pas très bon non plus. Tout cela est simplement attendu et sans relief. On a du mal à s'y investir, alors que les thèmes du film, quand on y songe, étaient assez fascinants. Pourtant, l'ennui nous gagne devant autant de banalité formelle. Juliette Binoche incarne une femme torturée et secrète. Elle a été profondément influencée par son mari et veut réunir les fragments du monde pour en retenir la lumière. Elle souffre en fait de trouble obsessionnel compulsif et de kleptomanie qui l'ont amenés à mal interpréter la pensée de son mari. D'une étrange manière, cela crée un lien avec sa fille et une compréhension de ses facultés. La comédienne exprime une fois encore beaucoup de son tourment intérieur dans des scènes souvent muettes où les sentiments ne s'expriment que sur son visage. Mais l'ensemble n'est hélas pas du même acabit.

Par effraction: assez classeMalgré le fait que Juliette Binoche soit ici la mère bosniaque d'un yamakazi cambrioleur, le film parvient à émouvoir, notamment grâce à l'engagement de l'actrice. Elle a eu dans la préparation de son personnage son exigence coutumière. Elle interprète avec une conviction incroyable Amira. Elle est allée en Bosnie pour s'imprégner du rôle, y a rencontré des femmes. Et elle y est plus vraie que nature. Tout dans son attitude suggère son passé, jusque dans sa voix et dans son accent (plusieurs fois dans le film, elle parle bosniaque). Elle en a une compréhension que l'on sent profonde et instinctive, sans aucune trace d'affectation. Jamais, on ne sent la performance de l'actrice, elle joue en toute sincérité une femme à laquelle elle a pu se rattacher avec force. Elle est l'autre figure maternelle du film, celle qui s'inquiète et souffre de voir son fils côtoyer des milieux troubles mais qui fera tout pour le protéger. Elle est aussi cette femme dont le personnage de Jude Law va tomber amoureux et par qui il va découvrir un autre visage de Londres, celui des exclus qui sont obligés de repartir à zéro, réfugiés dans un pays étranger, qu'un privilégié comme lui n'aurait jamais connu ou compris sans elle (il serait sans doute resté bloqué dans la posture de l'honnête citoyen que la police protège contre les voleurs). C'est par elle que le monde de Jude Law est bouleversé. En cela ce rôle est très classe.

Le Voyage du Ballon rouge: ClasseC'est le naturel qui frappe dans ce film. La justesse des situations est touchante, la liberté des acteurs assez spectaculaire. Binoche y est une mère déphasée, doit gérer les soucis du quotidien pour permettre l'épanouissement et la tranquillité de son fils. Le récit et l'émotion naît avant tout du jeu de l'actrice, de son naturel. Cet aspect majeur de son talent est ici exploité à fond, lui ouvrant une nouvelle liberté. Elle est rayonnante d'exaltation dans la peau de son personnage et aussi dans son jeu, inspirée. L'oeuvre est rare, précieuse, raffinée, multiple. Une actrice encore sublimée par une grande mise en scène.