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LE SOMMAIRE DU DOSSIER

Classe / Pas Classe : Les Films De Gangsters [page 10]

Par La Rédaction - publié le 12 novembre 2007 à 18h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h19 - 0 commentaire(s)
CASINO LA CLASSE ULTIME
Casino pourrait fonctionner en parallèle avec Les Affranchis dans sa mise en scène. Même voix off. Mêmes procédés de mise en scène et de narration : la réussite, l’argent roi et la part sombre des affaires. Ces sujets sont traités ici avec plus de violence encore notamment avec le personnage de Joe Pesci, plus psychopathe et incontrôlable que jamais. Il fonctionne une fois encore, ce couple de Niro/Pesci, l’un calme et raisonnable, l’autre violent et ne tolérant aucune limite.


Mais là où tout change, c’est que l’action se passe à Las Vegas, C’est à dire, hors des rues de New York, dans cette grande ville tentatrice et clinquante au milieu du désert, qui a fait étalage de toutes les pires convoitises et invitent toutes les cupidités au fronton de ses temples de pacotille au néons aveuglants. Ici l’attraction trouble est encouragée, le crime est organisé, loin du « racket » et des gros casses qui étaient le lot des rues de New York, on est ici dans la corruption de haut-vol, le détournement de fonds, l’exploitation jusqu’au dernier centime de toutes les faiblesses humaines. Ce qui se faisait en secret ailleurs est dans ce film au grand jour. Las Vegas aura votre peau et c’est toujours le casino qui gagne à la sortie. Scorsese nous invite dans les coulisses de cette ville étrange, à travers le parcours d’Ace Rothstein, parieur de génie qui se voit confier la gestion d’un casino, et par le récit qu’il en fait lui-même en voix off. Le seul endroit où les affranchis dans son genre reçoivent des médailles au lieu de se faire coffrer. Au début tout marche bien, le casino tourne et Ace a les coudées franches, les vieux parrains « back home » sont contents. On sent ici chez Scorsese une volonté didactique de nous apprendre comment fonctionne les casinos dans la longue introduction du film, comme un historien (aspect que l’on retrouve dans son cinéma récent). Comme dans Les Affranchis, le montage suit la voix off à merveille, avec une caméra toujours en mouvement, au rythme d’une B.O absolument en harmonie avec le propos. L’introduction de ce film est d’ailleurs une véritable leçon de mise en scène, plus encore que celle des Affranchis. Puis arrive Sharon Stone, une rabatteuse chargée de plumer les clients jusqu’à leur dernier sou en usant de ses charmes. Elle excelle dans cette activité mais est totalement dévouée à son mac un véritable loser (James Woods). Ace tombe amoureux d’elle. Et c’est le début de la fin. Elle va avoir sur lui l’effet que la ville a sur les joueurs, elle va le détrousser, le vider, le trahir. Et puis on envoie Joe Pesci pour veiller sur ses arrières et lui ne prendra pas la précaution de résister aux attraits de la ville. Casino est, comme Les Affranchis, l’histoire d’une déchéance. Mais celle-ci est beaucoup plus brutale. Elle ressemble à une malédiction, une tragédie grecque. On sait dès le départ que ça va mal finir. Ce qui était une réussite au départ, une sinécure, deviendra un fiasco et ce sont ceux qui devaient en profiter qui vont briser leur rêve. On sait que les personnages de Sharon Stone et Joe Pesci ne sont pas récupérables. Casino c’est l’histoire du seul pari risqué d’Ace Rothstein qui connaissait pourtant toutes les ficelles du jeu. Encore une fois, il s’agit là d’un film plus tardif que Les Affranchis et le crime est payé de châtiment sans demi mesures. Tous sont punis là où ils ont péché. Joe Pesci dans sa fin horrible paie pour sa violence et sa déloyauté. Sharon Stone sombre dans la drogue et finit en épave. Robert De Niro ne tire aucun profit du pari risqué qu’a été son mariage. On avait le sentiment dans Les Affranchis que le héros s’en tirait à bon compte. Pas ici. Le crime paie bien pendant un moment. Le début du film est à ce titre très plaisant.


Mais sa seconde partie a le caractère inéluctable et oppressant des grandes tragédies antiques. La violence est toujours aussi cruelle, la mort de Joe Pesci est très dure mais elle atteint aussi une dimension sacrificielle. La fin du film est expiatoire, clairement quand celle des Affranchis était plus ambigüe. Ce film a moins l’aspect documentaire des premiers films de Scorsese et a déjà l’allure des grandes fresques, pleine de souffle qu’il réalisera par la suite et dont il a toujours eu l’envie. C’est l’histoire d’une ville, à travers trois personnages très forts. On sent que Scorsese a évolué d’un cinéma centré sur un personnage et son point de vue sur la réalité (Taxi Driver, Les Affranchis), pour traiter de sujets sans doute plus ambitieux (liés à l’histoire et à la spiritualité) et aussi plus classiques (au sens noble).


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