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LE SOMMAIRE DU DOSSIER

Classe / Pas Classe : Les Films De Gangsters [page 2]

Par La Rédaction - publié le 12 novembre 2007 à 18h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h19 - 0 commentaire(s)
LE PARRAIN LA CLASSE ULTIME
Le Parrain constitue l’œuvre de commande la plus aboutie jamais faite. En effet, ruiné par des échecs successifs et notamment celui des Gens de la pluie, Coppola était déjà, à l’époque, dans l’obligation de trouver du boulot pour faire vivre sa famille (un leitmotiv chez lui qui connaîtra quelques années plus tard de nouvelles désillusions financières suite à l’échec cuisant de Coup de cœur). C’est ainsi qu’il accepta la proposition de Robert Evans et la Paramount de réaliser Le Parrain (à noter que selon Evans dans son autobiographie, ce dernier était obligé de choisir un réalisateur italo-américain pour convaincre le studio qu’un film sur la mafia pouvait enfin rapporter de l’argent si aux manettes se trouvait un cinéaste d’origine italienne, ce qui n’avait jamais été le cas jusqu’au Parrain).


La réussite d’un film tient souvent à peu de choses. Celle du Parrain provient surtout de l’obstination de Coppola à faire imposer son casting. Cette saga romantique, dans le sens où elle nous fait nous attacher à une famille de mafieux, est effectivement portée de bout en bout par des comédiens prodigieux. A commencer par Al Pacino. Le comédien n’aurait jamais du interpréter Michael Corleone. Paramount (et Evans) n’en voulait absolument pas. Le documentaire sur le DVD montre à quel point l’histoire du film constituait un parallèle parfait avec celle du tournage. Les tests de Pacino n’étaient jamais concluants pour les exécutifs du studio, ils trouvaient l’acteur fade et insipide. Ils allaient enfin pouvoir le virer jusqu’à ce qu’ils tombent sur les rushes de la séquence où Michael Corleone assassine froidement ceux qui ont voulu tuer son père. Le jeu intense de Pacino les convainquit de le garder. Or, si on revient au film, on s’aperçoit que c’est exactement ce qu’il fallait ressentir. Au début, et notamment dans toute la scène du mariage, Michael est le petit dernier des Corleone qui n’a pas voulu intégrer les affaires illégitimes de la famille. Il est en retrait, ne désirant jamais ressembler à son père ou ses frères. Et ce n’est finalement qu’au moment où son père est en danger et donc sa famille qu’il va se décider à prendre son destin en mains pour venir en aide à sa famille : Toute l’histoire du Parrain et ses suites est là. Il s’agit d’un homme qui renie ses valeurs pour sauver et protéger sa famille. Il entre dans la spirale infernale de la violence où chaque événement accentue le danger qui règne autour de lui et de ses proches. Il était donc normal que Pacino / Michael apparaisse enfin au premier plan et impose sa présence uniquement au moment où il commet l’acte qui va irrémédiablement changer sa vie à jamais. A ce titre, la performance de l’acteur s’avère fascinante. Il suffit de voir l’évolution de son visage et surtout de son regard pour voir à quel point il a changé entre le début et la fin du film. L’autre force du Parrain réside en son rythme, cette volonté de s’attarder sur chaque personnage, sur des petites scènes en apparence insignifiantes mais qui font naître les sentiments et ainsi l’affection que l'on éprouve pour cette famille maudite au destin funeste. Le film tel qu’il est présenté ici (2 heures et 49 minutes) a failli ne jamais voir le jour.


Car si, comme Coppola l’indique dans son commentaire audio, il avait fait un montage de 2h 15 comme le lui avait commandé le studio, le film aurait été amputé d’une bonne partie des relations affectueuses et conflictuelles unissant les Corleone. D’après Evans (propos tenus toujours dans son autobiographie), c’est à lui que revient le mérite du montage final : après la projection de deux heures six, Evans convoque Coppola dans son bureau. Ce dernier, encouragé par ses collaborateurs qui lui disent que son film est génial, demande à Evans de ne pas toucher au montage. Réponse du producteur : « Ce film est de la merde. Compris ? C’est plutôt Les incorruptibles. Tu as tourné un grand film. Où est-il passé, dans la cuisine avec tes spaghettis ? Il n’est pas sur l’écran, en tout cas. Où sont la famille, le cœur, les sentiments, restés dans la cuisine aussi ? ». Coppola demande alors l’avis de son ami Robert Towne qui confirme les dires d’Evans. Ce dernier renchérit alors : « Connard ! Tu t’es volé toi-même. Depuis quand les patrons de studio doivent-ils dire aux réalisateurs de faire des films plus longs ? Il n’y a qu’un taré comme moi pour le faire. Tu as filmé une saga et puis tu en as fait une bande-annonce. Maintenant donne-moi un film. » (à noter que Coppola en donne une version différente à la fin de son commentaire audio même s’il accorde du crédit à Evans). Cette altercation (vraie ou fausse) stigmatise parfaitement la douloureuse genèse d’une œuvre phare du 7ième art. Comme quoi, l’équilibre d’un film et sa réussite artistique ne tiennent qu’à peu de choses et se résume finalement qu’à la conviction et aux choix des artistes.


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