BLADE RUNNER : classeQuelques années seulement après avoir réussi l'un des plus grands films de science-fiction de l'histoire (Alien), Ridley Scott a signé un autre phénomène :
Blade Runner, adaptation quasi-parfaite du roman
Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, portée par une maestria visuelle hallucinante et deux acteurs : Harrison Ford et Rutger Hauer. Un monument de science-fiction.
A sa sortie en salles en 1982, dans sa version dite officielle (charcutage et fin Hollywoodienne en sus),
Blade Runner fut un échec commercial assez cinglant. Aujourd'hui, c'est devenu une oeuvre mythique et incontournable qui a assis la réputation formaliste de Ridley Scott. Lui qui a toujours voué une admiration folle pour la Nouvelle Vague dès ses premiers courts-métrages n'a jamais réellement osé s'essayer dans le registre d'un cinéma d'auteur pour construire des objets filmiques terriblement ambitieux, audacieux et inventifs.
Blade Runner est son chef-d'oeuvre et un chef-d'oeuvre tout court. Dans des décors somptueux dessinés par Lawrence G.Paull, dans un écrin dépressif et apocalyptique (l'action se passe essentiellement de nuit, dans le brouillard ou sous la pluie), des personnages cherchent à comprendre leur véritable nature et tentent de résoudre tels des Sisyphe quelques grands mystères de leur existence. La dimension philosophique de ce récit d'anticipation est mise en valeur par des jeux sur les lumières (les néons bleus, les faisceaux lumineux ou des clignotements de panneaux publicitaires gigantesques) et les effets spéciaux remarquables de Douglas Trumbull (il faut souligner les véhicules perfectionnés par Syd Mead).

Ce film qui ne se « perdra pas dans l'oubli comme les larmes dans la pluie » est une démonstration du perfectionnisme de Ridley Scott qui, à l'époque, refusait tout compromis, quant à la description de sa cité du vice ou même dans les effets illustratifs voire narratifs. A l'origine, le personnage de Rick Deckart devait être accompagné d'une voix-off dans le montage officiel explicitant ses doutes et autres maux intérieurs. Mécontent de cette version, le cinéaste ressortira le film dans une director's cut privilégiant ainsi des scènes contemplatives et des qualités d'épure dépourvues de la démonstration typiquement ricaine qui consiste à tout expliquer pour que tout le monde comprenne. Comme tout grand film de science-fiction qui se respecte,
Blade Runner simule les projections futuristes pour que l'on remette en question tout ce qui se passe autour de nous. Et si les androïdes rêvent de moutons électroniques, alors nous rêvons tous du même secret de la licorne.