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Classe Pas Classe Science Fiction [page 2]

Par La Rédaction - publié le 20 août 2008 à 04h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h30 - 0 commentaire(s)
LA GUERRE DES MONDES : Très Classe

Avec La guerre des mondes, Steven Spielberg dévoile les extra-terrestres sous leur jour le moins flatteur, aux antipodes de ses divins E. T. et Rencontre du troisième type. Un film qui reprend certes la trame de H.G.Wells, mais n'en dissimule pas moins l'inquiétude d'un cinéaste face aux fondations branlantes d'une Amérique post-11 obsédée par ses propres peurs. Malgré une certaine démonstration dans les ambitions, ce block-buster stimulant déploie des trésors d'inventivité formelle.



Confessons-le direct : dans La guerre des mondes, les extra-terrestres menacent de saccager l'Amérique (et accessoirement le monde) et ne viennent pas pour tisser des liens sensibles et amicaux avec les humains. Ce sont des monstres de la pire espèce qui ne cherchent aucun compromis. Premier cliché évacué : le nouveau Steven Spielberg est un film "méchant" qui ne nous masque quasiment rien des horribles pérégrinations de nos antihéros en plein tohu-bohu existentiel et des attaques de ces barbares de l'espace. Fini donc le temps où l’on écrasait une larme dans le creux de la joue pour se dire au revoir (E. T.). Fini aussi le temps où François Truffaut se prenait pour Jean-Michel Jarre (Rencontres du troisième type). Les martiens sont de vils envahisseurs qui nous butent à défaut de pouvoir les buter. Allégorie de notre impuissance à combattre une menace ? Oui.

Le second cliché à évacuer concerne Tom Cruise qui n'endosse pas le rôle d'un (super)héros aux couilles d'acier mais celui d'un père de famille neurasthénique qui tente in extremis de ressouder des liens avec ses enfants qui ne le connaissent pas et de reconsolider les failles d'une famille éclatée. Cela explique évidemment son absence sur l'affiche du film : il incarne tous les petits "vous et moi" qui ne sont généralement pas assez bien pour figurer dans une grosse production made in Hollywood. Et comme chacun le sait, Tom Cruise n'est jamais aussi performant que lorsqu'il joue le mec ancré dans la plus banale des banalités mais en proie à de lourds démons intérieurs (que ceux qui en doutent revoient Magnolia).



Reprenant le concept passionnant qui consiste à raconter à la première personne du singulier une invasion qui touche l'humanité entière, cette adaptation du célèbre roman de H. G. Wells ne ressemble pas à une illustration polie et linéaire mais au contraire - et c'est tant mieux ! - à un film personnel de Spielberg où toutes les obsessions du cinéaste sont déclinées, avec un ton encore plus pessimiste qu'à l'accoutumée. De fait, le réalisateur en profite pour pousser parfois au paroxysme la noirceur tangible dans Minority Report et A. I. et reprend même des scènes entières de La liste de Schindler, histoire de marquer les esprits. Mais le film impressionne principalement pour des raisons majeures et essentielles : des effets spéciaux et une mise en scène d'exception (on a même droit à un magistral plan-séquence sur une autoroute). En filigrane, il se donne même le luxe de passer ses contemporains à la question, notamment sur le droit du port d'arme légal et dessine en corollaire une critique de l'isolationnisme américain. Ce qui en soi s'avère paradoxal. La parenthèse avec le personnage de Tim Robbins peut paraître superflue mais elle montre une réaction très extrême et s'achève sur une résolution a priori improbable dans un film de Spielberg.


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