A l’occasion de la sortie de
Bubble (10 mai prochain), retour sur la filmographie de Steven Soderbergh, cinéaste éclectique dont on connaît la propension à alterner les projets indépendants et films à gros budget.
BUBBLE PLUTOT CLASSE
Il s'agit de la curieuse histoire d’une petite ville soudainement confrontée à l’assassinat d’une jeune femme. A partir de là, on observe les réactions de trois personnes suspectées car les dernières à avoir fréquenté la demoiselle en question (la collègue de travail obèse, l’amoureux secret, le petit ami artiste). Les hypothèses fusent. En prenant le temps (et parfois trop de temps) pour poser le contexte et les personnages ; en remplissant les creux avec des scènes sursignifiantes sensées distiller le mystère, Soderbergh cherche dans une première partie à coller à la solitude nue de ses personnages, à montrer la misère sous toutes ses formes (affective, sexuelle, sociale) avant de céder dans un second temps à l’enquête policière. La rupture entre les deux parties est aussi abrupte que déroutante : le spectateur ne sait pas ce qu’il s’est passé puisque les événements ont volontairement été masqués par une ellipse. Au final, rien n’est ce qu’il semble être et l’intérêt est comme souvent ailleurs : l’usine où l’on fabrique des masques de poupée est métaphorique. Soderbergh rappelle qu’en société, nous portons tous des masques qui cachent notre vraie personnalité. L’actrice principale (Debbie Doebereiner) qui sème le doute jusqu’au bout a une tête de poupon et des yeux bleus qui demeurent opaques. C’est sans peine le personnage le plus complexe de l’histoire : la dernière à avoir vu la victime et la plus insoupçonnable. Si elle donne un semblant de réponse, la fin, faussement ouverte, fermée au sens propre comme figuré, assène une cruelle vérité : on ne sait rien des gens. On comprend très vite là où Steven veut nous faire arriver (le spectateur doit mener l’enquête comme un grand en se focalisant sur ce qu’il a vu précédemment). Autant son refus de faire dans la chronique polyphonique post-
Shorts Cuts peut être compréhensible, autant ici avec
Bubble, Soderbergh ne s’attache qu’à l’immuable, cède volontiers à la pose. Et peut légitimement irriter les plus discursifs et précisément ceux qui abhorrent ses tambouilles expérimentales. Mais son précipité troublant hante cependant après la projo. Preuve qu’on n’y ait pas si insensible…