Ainsi Cloverfield se révèle être une oeuvre passionnante pour ce qu’elle est, c’est-à-dire un épatant film de monstre, mais aussi pour le constat qu’il apporte sur l’évolution du spectateur et la capacité qu’a le cinéma américain pour ingurgiter des influences multiples (télé réalité et Nouvelle Vague, joli grand écart) pour offrir un spectacle inédit compilant 50 ans d’images fortes. Le faux documentaire a encore de beaux jours devant lui. Si pour l’instant il est trop tôt pour savoir si un Cloverfield 2 va se concrétiser (on l’espère et la fin du film le laisse penser), dans les prochains mois deux autres films vont réutiliser le procédé. Tout d’abord,
Redacted de Brian De Palma qui a obtenu le prix de la mise en scène à Venise en septembre dernier pour ce quasi-remake d’
Outrages se déroulant en Irak. Le film divise et l’accueil froid qu’il reçut à Deauville en témoigne : soit on adore, soit on trouve le film exécrable et putassier. Mais on ne peut retirer le mérite à Brian DePalma, grand formaliste, sa remise en question formelle à plus de 60 ans et sa prise de conscience de l’influence de nouveaux médias sur le spectateur et sa relation au réel. À vous de juger.
Mais l’autre film utilisant ce procédé pour impliquer le spectateur et renforcer son efficacité trouvera un pont culminant dans l’immense, le génial
Rec de Jaume Balaguero et Paco Plaza. Comme le confirment la réaction hallucinée de spectateurs de Fantastic’arts et des projections presse Rec est l’un des films, voir le film, le plus flippant de tous les temps. Cloverfield et Rec deux films importants qui utilisent à la perfection le procédé mais qui par ailleurs fixent les limites du genre : la crédibilité est fortement remise en question quand on préfère filmer (surtout dans Cloverfield) le pont sur lequel on se trouve qui s’écroule ou le monstre qui nous saute dessus plutôt que de lutter pour sa survie. Des entorses à une certaine logique au profit du spectaculaire et de l’efficacité. Car au final, on ressort de Cloverfield (et de Rec) comme on descend d’un manège à sensation : secoué, la bave aux lèvres et la furieuse envie d’en refaire un tour.