Par Nicolas Houguet - publié le 09 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 09 octobre 2009 à 12h25 - 0 commentaire(s)
Dans There will be blood, il apparaît tout aussi monumental, tout en nuances et en faux semblants pour épouser l'ambiguïté de son personnage. Sous la caméra virtuose de Paul Thomas Anderson, il apparaît dans une oeuvre totale, majeure, noble comme du Malick. Une légende américaine revit sous nos yeux, celle du pétrole. Mais c'est encore par les personnages, ce qu'ils ne se disent pas, où chacun de leurs gestes qui devient signifiant, que ce film est immense. Après leur attente comblée, leur fortune faite grâce à l'or noir jailli du sol, tout va se corrompre. Plus rien ne sera sacré. Les liens les plus essentiels vont se désunir. La réalité sombre de la nature humaine deviendra le coeur du film. Et la forme est à la hauteur du fond, majestueuse. Le personnage de Plainview est à la hauteur du génie et de l'épaisseur acquise par Day Lewis, véritablement habité, avec cette finesse qui a toujours fait sa grandeur. Celui-ci commence par être un homme bon, ayant recueilli un jeune homme comme son fils. Puis il devient imperceptiblement sombre comme un démon, rongé par la convoitise et la soif de pouvoir engendrée par le pétrole. Il prête son génie à un vrai chef d'oeuvre, beau comme La Porte du paradis... L'un de ces films au souffle inespéré, miraculeux, une coïncidence parfaite entre la maîtrise d'un acteur et celle d'un cinéaste, tous deux en pleine possession de leur art. On songe à la rencontre virtuose de Kubrick et Nicholson dans Shining. Cette oeuvre est un véritable morceau de mythologie, un aboutissement, un éblouissement à chaque scène. Pourtant il est âpre, dur, désenchanté, dénué de maniérisme, mais riche de cette intransigeance, il évoque des émotions étourdissantes. Day Lewis y a bien sûr une grande part mais pas seulement. Il ne bouffe pas le film par sa performance parfaite, il est simplement à la hauteur de l'enjeu, celui de servir l'une des oeuvres les plus incontournables, les plus belles, les plus classiques, les plus définitives de ces dernières années.



Daniel Day Lewis a souvent évoqué la possibilité d'arrêter sa carrière d'acteur. A chaque fois qu'il a brisé sa retraite, c'était pour se plonger totalement dans un film, le servir et le sublimer. Il se jette dans chaque rôle, comme personne, il s'y consacre comme un peintre à sa toile, exclusivement, passionnément. Et il nous laisse vibrants de son intensité, de son intégrité, de sa sincérité, comme en état de choc. Il ne se vendra pas, ne l'a jamais fait. Chacune de ces prestations est comme un privilège dont on doit saisir l'inestimable valeur.
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