Adapter une œuvre littéraire n’est jamais aisé, surtout s’il s’agit d’une œuvre à plusieurs volumes. La compréhension d’une telle œuvre peut ainsi se révéler d’autant plus ardue que celle-ci s’inspire d’une culture et d’une narration à laquelle le public n’est pas habitué. Concernant le Day Watch de Timur Bekmambetov, adapté de l’éminemment œuvre russe de Sergei Loukianenko, l’entreprise se réveille d’autant plus difficile que le premier volet cinématographique
Night Watch était remonté de manière rageante par les distributeurs américains, faisant passer à la trappe certaines sous intrigues importantes. Reste enfin à proposer au spectateur en préambule un résumé aussi dense qu’inexact et indigeste, et ce second opus se voit transformé en bouillie narrative incompréhensible d’où ne ressortent finalement que de très beaux plans inutiles et d’impressionnantes séquences à la finalité obscure. Frustrés de cet état de fait, nous vous proposons ici un petit dossier ayant pour but de vous faire apprécier un œuvre aussi innovante que puissante, malencontreusement saccagée.

Revenons tout d’abord sur les principes de bases de la trilogie. Night Watch le film (Nochnoy Dozor pour les intimes) s’ouvre sur une introduction permettant de bien comprendre deux concepts honteusement résumés par diverses traductions : depuis des temps immémoriaux, existent deux forces, deux armées en perpétuelle conflit. D’un coté l’armée de la lumière, de l’autre l’armée de l’ombre. Alors que de nombreux occidentaux se sont rapidement empressés de faire le raccourcit lumière = bien et ombre = mal, l’œuvre originale est bien plus subtile que cela. En effet, ni bien ni mal ne prédomine d’aucun coté des deux armées. La lumière représente en effet non pas le bien mais plutôt la responsabilité, l’ordre et le respect de son prochain alors que l’ombre représente elle le libre arbitre et la liberté tout azimut, souvent tributaire d’un instinct naturel poussant à la recherche du plaisir et du confort. Seuls point commun des deux tendances, chaque être appartenant à l’une ou l’autre des armées est un « autre », à savoir, un être doté de pouvoirs directement issus de la force qu’il défend.

La création de l’inquisitionConscients que cette guerre finirait par exterminer tous ces « autres », des forces supérieures (personnifiées dans les films par Gesser, le commandant de la lumière, et par Zavulon (ou Zébulon), Chef des armées des ténèbres, tandis qu’elles restent invisibles dans les livres) imposèrent la création d’une inquisition et déclarèrent l’armistice. Depuis ce jour, chaque clan s’évertue à surveiller son rival (le contrôle de la nuit étant composé de membres de la lumière et surveillant l’ombre, alors que le contrôle du jour est composé de créature de l’ombre surveillant les agissements des « clairs »), ce à travers un jeu de stratèges veillant si ce n’est à prendre le dessus à travers les erreurs de son adversaire, à maintenir une paix fragile que la moindre infraction ou le moindre déséquilibre de forces pourrait détruire. Bien entendu, entre ces deux clans, évoluent le monde des humains, dont chaque être est potentiellement un « autre » non révélé.