Le festival de Deauville vient tout juste d'achever son premier week-end, ce qui nous permet d'entamer un tour d'horizon de la cuvée 2008 qui se poursuivra les jours prochains. La palette de films est en effet variée, étonnante avec la présence de cinéastes encore trop méconnus (Jonathan Levine, pour
Wackness) ou bien des habitués (Errol Morris, pour
Standard Operating Procedure, déjà primé à Deauville pour
Fog of War). Le grand démon cornu Hellboy enflamme aussi par sa présence une programmation hors-compétition tout aussi intéressante. En parallèle de la sélection officielle, nous retrouvons également
Les Docs de l'Oncle Sam. Ce sont des projections de films documentaires autour du vaste panorama américain permettant d'apprécier d'autres facettes d'un pays protéiforme. Durant toute la durée des festivités, votre bien-aimée équipe dvdramienne va vous faire partager les temps forts et les déceptions d'une longue semaine de films. Suivez le guide !
Avec
Mamma Mia ! en ouverture, les festivaliers ont pu danser au rythme de Abba dans une comédie musicale enjouée destinée principalement aux amateurs du genre (comme vous le comprendrez en lisant notre critique ciné). L'accueil est plutôt bon, et la salle semble conquise. Les présences dans le film de Colin Firth, de Pierce Brosnan, avec une Meryl Streep éclatante de jeunesse ne sont sans doute pas étranger à cet accueil chaleureux. Romain Le Vern a d'ailleurs eu la joie d'interviewer ses « idoles » (hum), deux membres de Abba ; ne soyez pas jaloux, vous en retrouverez bientôt l'intégralité sur Excessif.tv.
Le lendemain est marqué par nombre de films attendus à commencer par l'inévitable Hellboy 2 les légions d’or maudites, locomotive de luxe de la soirée. Mais c'est avec
Standard Operating Procedure que nous commençons les séances. Relatant l'histoire des photographies de Abu Ghraib, le documentaire nous a captivés par son rythme enlevé et la profondeur de ses propos. Les « bourreaux » de la prison se confesse face caméra au micro de Errol Morris dans des propos impudiques qui n'ont pas manqué de choquer une partie de la salle. Le sujet reste d'actualité (5 ans à peine), et le traitement effectué par l'auteur divise déjà furieusement les spectateurs. Il s'agit du premier film choc vu ici.
L'auteur de ses lignes a pu rencontrer le cinéaste pour approfondir encore la question du point de vue dans les images dans un contexte aussi sulfureux.
Le programme se poursuit avec la dernière oeuvre de William Karel,
Meurtres à l'Empire State Building. Le réalisateur de Le Monde selon Bush s'attèle cette fois-ci à ressusciter l'âge d'or du film noir américain sous une forme inédite. Les entretiens avec Kirk Douglas, Ben Gazzara, Cyd Charisse, Mickey Rooney ... donnent lieu à un formidable jeu de pistes fictives autour de l'Empire State Building. Ce prétexte permet de raviver une quantité incroyable d'images de films noirs remontées pour donner du sens à ce « documentaire » guidé par la passion d'un genre quelque peu disparu. Ludique et érudit, sans manquer d'humour, c'est l'une des surprises inattendues de cette année.
La projection du soir, consacrée à Hellboy 2 les légikons d’or maudites, nous remplissait d'impatience, et c'est avec fébrilité que nous rentrons dans la salle. Las, triplement hélas ! Le dernier Guillermo Del Toro nous a malheureusement déçus dans les grandes largeurs. En attendions-nous trop ? Peut-être ; malgré un visuel de toute beauté avec un bestiaire des plus fournis (on pense même à du
Star Wars IV : épisode IV : un nouvel espoir), une orgie de couleurs (gare à l'indigestion !), une histoire pas stupide, rien n'y aura fait ! L'aspect conte n'aura convaincu aucun de nous trois, et le traitement fantaisie qui sent bon l'interdiction PG-13 américaine se fait sentir à chaque instant. Il surnage malgré tout quelques fulgurances comme cet affrontement contre une créature de la forêt, la complicité entre Abe et Hellboy toujours aussi forte, les crises de couple entre Liz et notre démon préféré. Hellboy 2 les légions d’or maudites représente le film que nous aimerions aimer sans jamais arriver à vibrer pour lui, sans jamais avoir ressentir la flamme. On pestera tout de même sur cette tentative d'infantilisation -absente du premier opus- qui n'est pas là pour nous rassurer ... en attendant la suite ?