Gwenael Tison : Cannes splendeur et décadence
Je suis en demi-teinte, à la fois proche et lointain des deux réactions précédentes entre Nicolas et Arnaud. Il y a plusieurs qualités et défauts qui émergent de ce Festival et des palmes d'or. La première qui incontestablement fait de Cannes une plateforme mondiale du cinéma est d'avoir véritablement une dimension internationale. Que cela soit les films projetés ou les journalistes en place. C'est ainsi qu'on peut admirer des sélections proposant des films des quatre coins du monde entre Asie, Europe, Afrique, Amérique. Cela permet une chose rare et exceptionnelle que seuls les festivals comme Cannes arrivent à obtenir. Car on a beau avoir une industrie du cinéma, du dvd, ou de l'Internet qui permet d'avoir l'accès à une grande partie de la production mondiale, Cannes permet d'éclairer des zones du monde où l'industrie du cinéma cherche à survivre malgré les conditions économiques du pays. Je prendrai comme exemple la Roumanie avec le palmé de 2007
4 mois, 3 semaines, 2 jours, ou encore la Hongrie avec l'immense Bela Tarr et son
Homme de Londres sélectionné aussi. Des petites perles comme l'écrit Nicolas. On a beau émettre tous les griefs contre Cannes, il reste à ce jour un des seuls endroits où l'on peut voir des films sortant de "nulle part" pour nous simples occidentaux. Des pays qui produisent 20 films par an, et qui grâce à une Palme d'or se voient sortir de l'ombre avec tous les projecteurs braqués sur eux, ce qui fait du bien face à la focalisation nombriliste française.

L'aspect pernicieux est évidemment le côté ultra commercial et formaté d'une majeure partie de la presse possédant pourtant une culture cinématographique, mais n’étant pas douée de réflexion. C'est ainsi qu'ils ont conspué à tort le dernier Tarr sans comprendre l'audace incroyable de la sélection de l'an dernier. Kusturica, Sokurov, Les frères Cohen, Tarentino etc… une véritable dimension internationale doublée d'une profonde âme artistique. Car ce sont des créateurs avant tout, plus que des exécutants. Mais hélas une grande partie de la critique et du public l'oublie. L'exemple le plus flagrant était la conférence de presse en présence de 60 des plus grands réalisateurs tous dans la même salle. La réaction de Polanski critiquable ou non, a eu le mérite de jeter un froid sur la bêtise de la presse et des journalistes présents dans la salle. Comme il l'a répété, il aurait beaucoup plus aimé avoir un véritable public de penseurs et chercheurs en cinéma, de cinéphiles érudits, d'étudiants passionnés, que de simples journalistes catapultés à Cannes sans comprendre ce que c'est que le cinéma.