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Debat De La Redaction : La Palme D'or [page 3]

Par La Rédaction - publié le 27 août 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h38 - 0 commentaire(s)
Gwenael Tison : Cannes splendeur et décadence

Je suis en demi-teinte, à la fois proche et lointain des deux réactions précédentes entre Nicolas et Arnaud. Il y a plusieurs qualités et défauts qui émergent de ce Festival et des palmes d'or. La première qui incontestablement fait de Cannes une plateforme mondiale du cinéma est d'avoir véritablement une dimension internationale. Que cela soit les films projetés ou les journalistes en place. C'est ainsi qu'on peut admirer des sélections proposant des films des quatre coins du monde entre Asie, Europe, Afrique, Amérique. Cela permet une chose rare et exceptionnelle que seuls les festivals comme Cannes arrivent à obtenir. Car on a beau avoir une industrie du cinéma, du dvd, ou de l'Internet qui permet d'avoir l'accès à une grande partie de la production mondiale, Cannes permet d'éclairer des zones du monde où l'industrie du cinéma cherche à survivre malgré les conditions économiques du pays. Je prendrai comme exemple la Roumanie avec le palmé de 2007 4 mois, 3 semaines, 2 jours, ou encore la Hongrie avec l'immense Bela Tarr et son Homme de Londres sélectionné aussi. Des petites perles comme l'écrit Nicolas. On a beau émettre tous les griefs contre Cannes, il reste à ce jour un des seuls endroits où l'on peut voir des films sortant de "nulle part" pour nous simples occidentaux. Des pays qui produisent 20 films par an, et qui grâce à une Palme d'or se voient sortir de l'ombre avec tous les projecteurs braqués sur eux, ce qui fait du bien face à la focalisation nombriliste française.


L'aspect pernicieux est évidemment le côté ultra commercial et formaté d'une majeure partie de la presse possédant pourtant une culture cinématographique, mais n’étant pas douée de réflexion. C'est ainsi qu'ils ont conspué à tort le dernier Tarr sans comprendre l'audace incroyable de la sélection de l'an dernier. Kusturica, Sokurov, Les frères Cohen, Tarentino etc… une véritable dimension internationale doublée d'une profonde âme artistique. Car ce sont des créateurs avant tout, plus que des exécutants. Mais hélas une grande partie de la critique et du public l'oublie. L'exemple le plus flagrant était la conférence de presse en présence de 60 des plus grands réalisateurs tous dans la même salle. La réaction de Polanski critiquable ou non, a eu le mérite de jeter un froid sur la bêtise de la presse et des journalistes présents dans la salle. Comme il l'a répété, il aurait beaucoup plus aimé avoir un véritable public de penseurs et chercheurs en cinéma, de cinéphiles érudits, d'étudiants passionnés, que de simples journalistes catapultés à Cannes sans comprendre ce que c'est que le cinéma.


Cannes c'est aussi depuis près de 20 ans un festival très politique avec son palmarès qui confirme cela d'année en année. Chose que Venise cherche à copier avec plus ou moins de réussite. Cela éclaire ainsi des points névralgiques de certains passés de l'histoire de pays. Mais l'effet pernicieux est qu'une partie des réalisateurs calibrent trop leurs films uniquement pour la palme d'or. Certes ce sont de beaux films, mais cela est bien dommageable pour leur talent surtout venant de réalisateurs déjà palmés. Des réalisateurs se font célébrer et ils profitent. Lynch fait trop du Lynch, idem pour Kar-Wai et d'autres, offrant des racolages qui singent leurs créativités, une autosatisfaction bien dommage qui élude la sincérité de ces créateurs. Le dernier point polémique est une objectivité du palmarès qui n'est pas souvent au rendez vous. Encore un exemple avec Persepolis, qui a beau être un beau et bon film, mais sa sélection et sa récompense sont troublantes car ce film est entièrement français de son financement à la réalisation. Est-ce que pareil film d'animation cent pour cent étranger sans capitaux français auraient été sélectionné et primé ? C'est moins sûr.


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