Par La Rédaction - publié le 09 août 2007 à 03h04 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h29 - 0 commentaire(s)
Elodie Leroy : Les franchises font décidément la loi dans le paysage cinématographique actuel. Cet été, c'est l'avalanche, avec Spider-man 3, Pirates des Caraïbes 3, Harry Potter 5, Les 4 Fantastiques 2 (!), Die Hard 4, Ocean 13... Une tendance qui ne concerne pas uniquement les blockbusters, comme le prouvait récemment Hostel - Chapitre II... D'autre part, les phénomènes titanesques qu'ont été il y a quelques années les trilogies Matrix et Le Seigneur des Anneaux ont démontré l'énorme potentiel des projets dont l'histoire est prévue dès le départ pour se développer sur plusieurs épisodes. Certains feraient pourtant bien d'arrêter le massacre... Que pensez-vous du règne des séries cinématographiques ? Machines à fric ou évolution logique du cinéma ?


Jean-Baptiste Guégan : Si l'on considère le cinéma comme une simple industrie, il n'est pas étonnant de penser le film comme un produit et d'imaginer de fait, les économies d'échelle réalisées et la rentabilité à court terme assurée lorsque l'on produit des suites. Cela d'autant plus qu'à la base, la logique hollywoodienne mais plus globalement celle de chaque studio, fait passer le bénéfice annuel comme le seul gradient de qualité d'un film. Ici, Besson et Europa avec la litanie des Taxi n'ont rien à envier aux multiples suites dont l'outre-atlantique nous abreuve. Maintenant, une fois cela dit, une fois pris en compte, les économies colossales faites en frais de tournage et les profits minimaux réalisés avec de telles stratégies, un constat s'impose : la suite crée une franchise et donc une marque, qui est travaillée et déclinée comme tout produit marketé. La Guerre des étoiles est semble-t-il précurseur dans ce cas-ci puisque c'est le premier blockbuster décliné reprenant dans les seventies, le principe de l'exploitation du marchandising. En somme et malheureusement, on ne peut que le regretter et pourtant remarquer que la stratégie fonctionne et tend à renforcer le système. Il suffit de voir les bénéfices colossaux des dernières suites... Ils sont à la mesure des sommes gigantesques investies avec raison et habileté par les financiers qui détiennent les grands studios, eux dont le seul souci reste le contentement de leurs actionnaires et de la croissance du CA à respecter.


D'ailleurs, certaines suites se sont-elles plantées véritablement en dehors d'un naturel essoufflement ? Ne sont-ce pas plutôt des films uniques à gros budgets type Waterworld ou La Porte du Paradis qui sont les plus risqués ? C'est pour cela aussi que les adaptations en tout genre font florès parce qu'elles présentent un risque d'autant plus limité qu'elles ont déjà fonctionné ailleurs et qu'elles assurent des rentrées prévisibles. Au détriment évident de l'originalité ou des risques artistiques...

Je me demande donc si la suite est de fait inéluctable économiquement et si au final, elle ne nuit pas plus au cinéma qu'elle ne lui rapporte sur le long terme en appauvrissant ses créateurs et en limitant leurs talents. Cela me fait penser au système hollywoodien qui vacilla entre les 50's et la fin des 60' à force de trop vouloir tout maîtriser au risque de l'inertie et de l'apathie. Ensuite, ont débarqué Scorsese, Coppola, Spielberg et Cie. Faudrait il donc être optimiste en cela et attendre que le système se corrode de lui-même ?


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