Kevin Dutot : Est-il vraiment possible de débattre sur l'utilité des suites ? L'histoire du cinéma nous a maintes fois prouvé que les sagas pouvaient être des nids à grands films (trilogie Indiana Jones ou
Le Parrain, tétralogie Alien...) et constituer de véritables monuments cinématographiques déclinés sur plusieurs années et par différents artistes. Impossible de ne pas être excité à l'idée de retrouver Harrison Ford en Jones, Bruce Willis en McClane ou Stallone en
Rocky... Ce sont des figures inoubliables du cinéma et pourquoi ne pas réveiller de vieilles gloires ronflantes quand les nouveaux venus n'arrivent pas à leurs chevilles ? Dans les cas cités plus haut, le résultat est plus ou moins satisfaisant mais la mythologie autour est si forte qu'il est difficile de dénigrer en bloc les suites. Il est vrai, comme Jean-Baptiste le précise, que certaines suites, réalisées dans l'urgence suite à un succès inattendu, manquent cruellement d'ambitions et semblent conçues dans la simple optique d'un enrichissement immédiat. Je dois cependant reconnaître que la trilogie
Matrix forme un tout plutôt homogène et si la splendeur de certaines séquences ne compense pas la vacuité d'un scénario manquant parfois de matière, l'ensemble semble aller dans un sens concret. La précipitation sur certaines productions marque inévitablement les limites de certaines histoires qui ne peuvent fournir des milliers de films... Mais on peut, par exemple pour
Matrix, dire que le tour de la question a été fait. Plus besoin de revenir dessus. Et en ce sens, c'est pas si mal. Par contre, si l'on observe ce que la fièvre actuelle pour les super-héros nous propose, il faut admettre que tout ceci commence à s'essouffler.
Si
Spider-Man était seul, on aurait peut-être pu apprécier le troisième opus mais l'accumulation nous pousse à devenir de plus en plus exigeant... Car au-delà de lasser le spectateur, les suites prématurées doivent avant tout lasser leurs créateurs qui n'arrivent plus à ré-inventer des personnages qui ne finissent par exister que par leur énorme potentiel au box-office. Et j'ai l'impression que Sam Raimi se moquait éperdument de son dernier métrage. En ce sens,
Spider-Man 3 aurait certainement été plus intéressant s'il avait été réalisé par quelqu'un d'autre. Un nouvel angle d'approche par un oeil différent.
Batman Begins par Christopher Nolan en est l'exemple parfait. Ainsi, je dois avouer que j'attends beaucoup moins The Dark Knight, qui perd tout effet de surprise et de nouveauté. L'intérêt de relancer une saga se pose sur les capacités de ses créateurs à la renouveler, la détruire, pour mieux la reconstruire. Il faut savoir prendre des risques, mettre en danger ses personnages et les acquis. Sinon, le cinéma tourne en rond et les suites ne sont que des suites et non des films à part entière...