L'immense réalisateur de
Dellamorte Dellamore et
Bloody Bird a gentiment accepté de répondre à quelques unes de nos questions. Retour sur une carrière en stand-by depuis 10 ans.
Quand on découvre vos films, comme par exemple Dellamorte Dellamore, ou quand on découvre pour la première fois des films d'horreur, la première question qui nous vient à l'esprit est : "En quoi des réalisateurs sont-ils intéressés à faire ce genre de films ?" Il ne s'agit pourtant pas du genre le plus populaire de films …C'est une très bonne question. Je pense que ça m'est venu quand j'étais enfant : un des tout premiers films qui m'ait impressionné alors que je devais avoir sept ans, était
Vampyr de Carl Theodor Dreyer. Ce n'était sans doute pas un des films les plus effrayants qui soit, quoique pour un enfant si, mais ça a réellement eu un effet sur moi. J'étais attiré par d'autres mondes magiques comme celui d'
Alice au pays des merveilles, c'était fascinant de découvrir une dimension parallèle de fantaisie. Les bases et l'aspect gothique de l'horreur, du dessin, étaient des choses qui je ne sais pourquoi m'attiraient énormément… peut-être parce que les enfants sont innocents et qu'ils cherchent un refuge. C'est un petit monde fantastique sur lequel vous pouvez vous refermer et vous retrouver, comme dans une autre dimension que la nôtre. Quand j'avais 14 ans… non plutôt 13, je suis allé voir le premier film de Dario Argento sorti en Italie
L'oiseau au plumage de cristal avec ma grande sœur : il était interdit au moins de 14 ans, mais j'en faisais 18. Elle m'a donc amené le voir avec elle et j'ai été impressionné. Je me disais "Regarde à quel point ce genre de cinéma est puissant", dans le sens où il pouvait presque hypnotiser les gens, les faire sursauter, bref contrôler les émotions de toutes les personnes assises dans la salle. J'ai grandi dans un monde très graphique : mon père était biographe de peintres, mon beau-père était peintre, moi-même aussi je peignais, donc j'ai fait de ce domaine mon principal sujet, de par ses mystérieuses attractions qu'il exerce. Le temps est passé, et j'ai trouvé mon univers, car mon cursus universitaire n'était pas satisfaisant. Comme je ne peux rester plus de 15-20 minutes assis à la même place j'ai commencé à travailler en tant qu'acteur, mais pendant ce laps de temps j'ai compris que ma place était derrière la caméra, d'y être employé et d'y travailler tous les jours. Pas seulement deux jours comme acteur et rester les trente autres jours à attendre que le téléphone sonne. Alors j'ai décidé de me prendre en mains et commencé à travailler dans chaque département, comme la direction artistique, l'édition, ou même en tant que cameraman. Ma première ambition fut de devenir l'assistant de Dario Argento, le genre d'ambition de toute une vie. Je suis parvenu à le faire et tout ce qui a suivi relève de la coïncidence. Je ne m'attendais pas à autant de succès.

Qu'aimez vous le plus dans le genre, est-ce la capacité de manipuler le spectateur ?Non, pas vraiment, pas de manipuler les gens, mais trouver un créneau dans lequel vous êtes capable de transmettre des émotions.
Les films d'horreur italiens sont vraiment différents des productions américaines. Comment voyez vous des films comme vendredi 13, Bad Taste, Halloween, ... ?Il y aura toujours des films qui te marqueront profondément, même américains. Ce qui compte c'est d'avoir de bonnes bases au niveau de l'histoire, de l'atmosphère plus que sur le budget en lui-même. Le résultat ce sont des films comme
Halloween qui sont au dessus du lot, parce que faits avec passion. Je ne vois pas beaucoup de différences entre
Halloween et
Bad taste parce que ce sont deux films qui sont très forts, qui marquent le cinéphile. Tu as vu 1000 films d'horreur, mais tu cites ces deux là parce qu'ils font indéniablement la différence. Ca va au-delà de leur nationalité.
Pourquoi les films d'horreur américains se focalisent-ils sur la violence et le gore alors que les films italiens préfèrent l'aspect poétique et un visuel surréaliste ?Parce que les européens ont une autre sensibilité que les américains. Il y a beaucoup d'européens qui vivent en Amérique et les plus grands réalisateurs américains sont européens. Les vrais américains n'existent pas, et n'ont pas de culture. L'Italie en possède une : je pense que ça fait la différence.
Vous disiez que votre rêve était de travailler avec Dario Argento, et votre carrière est plus ou moins associée à la sienne. Comment travaille t'on avec une telle légende ?Quand tu es jeune, que tu es sûr de tes choix, et que tu as un objectif en tête, tu fais tout pour l'obtenir. Une fois obtenu tu continues à grandir. Je veux dire que les choses changent, et tu découvres des horizons que tu ne découvrirais pas autrement, c'est absolument naturel.
Pendant cette période il y avait autour de Dario un groupe de gens comme moi, qui fonctionnait comme une vraie équipe, et nous avons évolué avec lui. J'ai grandi à travers deux mondes différents : celui de Joe D’amato qui est un cinéma très pauvre. Et de l'autre côté j'ai grandi dans le monde de Dario, essentiellement de gros films. Et il y avait tous ces gens qui gravitent autour de lui, comme Sergio Valetti, qui réalisait des films mais qui faisait aussi des effets spéciaux, et il y a Lamberto Bava, fils de Mario qui était un maestro. Luigi Costi, scénariste, réalisa aussi quelques films. Comme tu vois il y avait un groupe de gens essayant de bosser ensemble entre 1979 et 1991-1992 puis nous nous sommes séparés et Lamberto s'est mis à faire des téléfilms et sa propre maison de production. De mon côté, j'ai fait
Dallamorte Dellamore et on s'est tous un peu perdus de vue.