Désir consumé : Dernier tango à Paris
La passion et le désir peuvent-il ronger de l'intérieur une relation qui aurait pu être amoureuse ? La rencontre entre un homme détruit par le suicide de son épouse et une jeune fille donnera lieu à une des histoires les plus mythiques du septième art. Dans un Paris en pleine évolution - la Tour Montparnasse se construit, Mai 68 s'éteint - l'incommunicabilité et la violence des rapports humains deviennent la seule option, et le désir n'est qu'une expression des bas instincts de l'homme.
Désir intolérable : Lolita
Le livre de Nabokov est d'une telle frontalité qu'après avoir dû subir les foudres de la censure et des puritains, Kubrick a presque regretté d'avoir tourné son adaptation. En orchestrant la rencontre entre un homme et une jeune adolescente, Lolita s'intéresse à un désir socialement et légalement interdit. D'abord refoulée, leur passion prendra finalement vie après la disparition du seul élément qui s'interposait entre eux - la mère de Lolita, femme de Humbert. Lolita, c'est l'histoire d'un homme dépassé par son désir, aveuglé par une passion qui le mènera à sa perte. Et c'est parce qu'il prend un visage si angélique que ce désir est aussi frappant.
Désir à risque : La dame de Shanghai
La dame de Shanghai fait partie de ces films entourés de mystères et de légendes. Le film aurait été tourné par un Orson Welles en demande d'argent. L'idée serait venue du premier livre qui traînait sur la table du réalisateur. Et Welles aurait exigé que Rita Hayworth coupe sa longue crinière rousse pour se venger de celle qui allait devenir son ex-femme. Quoi qu'il en soit, La dame de Shanghai - qui est également le titre d'un projet de longue date où Nicole Kidman serait dirigée par Wong Kar Wai - est un film injustement oublié dans la carrière du cinéaste américain. L'histoire fait appel au film noir - femme fatale, manipulation, argent - et jette un honnête homme dans les filets d'une femme vénéneuse dont les motivations sont floues. Jusqu'aux derniers instants, impossible de savoir si ce désir qui pousse Michael O'Hara à suivre Elsa est une erreur. Dans un final devenu mythique - Woody Allen le reprendra dans Meurtres mystérieux à Manhattan - une galerie de miroirs devient le cadre d'une fusillade émotionnelle où les masques tombent. « Killing you is killing myself ». Rarement le désir aura été teinté d'un désespoir si romantique.
Désir fascinant : Sueurs froides
Un homme est engagé pour suivre l'épouse instable d'un riche homme d'affaires dans ses déambulations et tombe bientôt sous le charme fascinant de la femme. Mené par le désir de connaître Madeleine, de la sauver et d'essayer de la copier, le personnage de James Stewart est obnubilé par l'objet de sa fascination. Dans le classique d'Hitchcock, le désir fait écho à une pulsion paradoxalement autodestructrice et rédemptrice. Traumatisé par la chute mortelle d'un collègue, le policier atteint de vertige se verra contraint de répéter ses erreurs jusqu'à être capable de s'échapper de la spirale où il est enfermé. Si l'intrigue policière est laissée au second plan, c'est justement parce que l'intérêt n'est pas là : il se trouve dans le chignon, la spirale, et ce désir insondable qui entoure la féminité. Sueurs Froides est un film vertigineux, qui inspirera Chris Marker, Brian de Palma et Wong Kar Wai.
Désir à géométrie variable : Flirt
Si Hal Hartley est un cinéaste qui frôle parfois l'expérimental, Flirt est sans aucun doute son film le plus conceptuel. En séparant son récit en trois parties distinctes situées dans trois grandes villes - New-York, Berlin, Tokyo - le réalisateur indépendant opère un constat amer : peu importe où les histoires d'amour prennent place, les choses sont les mêmes. Qu'ils soient Américains, comédiens, homosexuels ou mariés, les personnages répondent aux mêmes questions et subissent les mêmes comportements. Les dialogues restent se répètent, les décors se remplacent, et finalement, dans ce chaos, l'amour perdure et dépasse le désir.
Désir inédit : High Art
Alors qu'elle présentait son dernier film à Berlin il y a quelques jours - The kids are all right, avec Julianne Moore et Annette Benning - Lisa Cholodenko marquait le cinéma indépendant en 1998 avec High Art qui s'intéressait déjà à la liaison entre deux femmes. La première, une journaliste installée dans une vie de couple banale. La seconde, une photographe borderline, bisexuelle, entourée d'une bande d'amis aussi déroutants qu'instables. A cause d'une fuite d'eau, ces deux personnes que tout sépare vont se rencontrer et, peu à peu, s'aimer. Lentement, la montée du désir chez Syd - rôle qui va propulser Radha Mitchell sur le devant de la scène - est à la fois une surprise déstabilisante et une occasion rêvée pour enfin prendre sa vie en main. En orchestrant la collision entre deux univers diamétralement opposés - le monde normal contre celui de l'art, l'ordre contre l'anarchie, la rigidité contre la liberté - la réalisatrice signe une histoire d'amour loin d'être conventionnelle. De la même manière qu'elle le fera plus tard dans Laurel Canyon, le contexte social et économique n'est qu'un écrin pour narrer la rencontre entre des êtres profondément seuls dont la vie défile plus vite que leurs espoirs.