Par - publié le 24 mars 2008 à 15h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h35 - 0 commentaire(s)
L’excellente impression laissée par le pilote se confirme : cette première saison de Dexter est une vraie réussite qui démontre que l’audace paie. Loin de ressembler à n’importe quelle série policière lambda dans le sillage des Experts, celle-ci possède un concept pas fréquent : un serial-killer expert judiciaire du service médico-légal aide la police à démasquer un tueur en série qui sème la terreur à Miami, cité des vices. A la frontière du bien et du mal.



Bienvenue dans le cerveau de Dexter (Michael C. Hall, révélation de Six Feet Under, extraordinaire d’un bout à l’autre), tueur en série pas comme les autres paumé dans l’ambiance muy caliente de Miami qui ne ressent rien, n’aime pas les joies communes des mortels, abhorre les beaux portraits de famille, déteste sourire sur les photos. Seules réjouissances: un rapport obsessionnel avec la bouffe et surtout la découverte d’un tueur en série tellement doué qu’il provoque son admiration. Au fil de la série (créée par James Manos Jr, tirée du roman Ce cher Dexter de Jeff Lindsay, Ed. Seuil, 2005), Dexter ne passera pas son temps à découper de pauvres quidams par simple plaisir masochiste mais apprendra ce qu’on appelle la reconnaissance des sentiments (ou ce qui y ressemble). Le générique de début, plus long que la moyenne, montre son réveil quotidien où il prépare la nourriture du petit déjeuner, presse ses oranges et enfile son vêtement d’homme passe-partout blanc avant de faire un regard complice au spectateur (ce qu’il fera à plusieurs reprises dans cette première saison). D’emblée, il met le spectateur dans l’ambiance de cette série obsédée par le rouge des meurtres, de l’orange sanguine des cocktails glacés, de la sexualité torride et surtout des traumas destructeurs. Sans en dire trop, la série emprunte beaucoup pour ouvrir et conclure cette première saison au cinéma de Scorsese que ce soit dans le simple générique où le protagoniste se rase en évitant de justesse de nous refaire The Big Shave et surtout Taxi Driver, référence indiscutable dans sa description atypique du tueur aux antipodes des normes morales et sa réflexion sur la fascination des Américains pour les tueurs en série, célébrés comme des icônes.



Le climax est annoncé dès la fin du premier épisode : la rencontre entre les deux tueurs (l’un, celui du «camion frigorifique», dissimulant des indices à l’autre pour qu’ils se retrouvent). La fascination réciproque qu’ils éprouvent est représentative de l’ambivalence souhaitée par la série qui bafoue la frontière ténue entre le bien et le mal, avec en suspens une problématique: est-ce qu’il est possible de faire le mal au nom du bien? D’un bout à l’autre, Dexter risque de passer pour un paradoxe ambulant, obligé de tuer par nécessité plus que par choix pour canaliser ses pulsions meurtrières. Il a trouvé avec son père adoptif (un policier respecté et respectable) un moyen de répondre à ses envies en s’attaquant uniquement à ceux qui ont causé du tort. Ne pas y voir une quelconque bigoterie ou une moralisation typiquement américaine, pour ne pas dire redneck (voir Emprise, de Bill Paxton, où le père incitait ses deux enfants à tuer les pécheurs au nom de la Bible). Il demande à son fiston de respecter deux règles immuables : ne pas agir gratuitement (comme répondre à une brimade adolescente) et faire attention aux choix des victimes (il doit se documenter sur celui ou celle qui passera sous son scalpel). L’ombre tutélaire du père s’exprime à travers des flash-back habilement dosés qui se fondent naturellement dans le montage limpide et expliquent sans en faire trop les motivations de Dexter. Pareil avec le monologue intérieur ruminé, procédé a priori rébarbatif, qui est utilisé ici à bon escient et avec parcimonie : ironique, il ne paraphrase pas inutilement ce qui se passe à l’écran mais au contraire favorise le décalage drolatique. Le regard de Dexter sur ses contemporains étant déconnecté, n’ayant pas l’impression de leur appartenir.


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