Les scénaristes de la série se sont concentrés sur des personnages très précis pour éviter les bifurcations inutiles: si chacun d’eux bénéficient d’une attention particulière, ce n’est pas un hasard. Ils révèlent tous un atout ou une faiblesse favorisant inconsciemment la traque d’un criminel dont on se demande pendant longtemps s’il ne s’agit pas de Dexter lui-même (délire paranoïaque et schizophrène), notamment lorsque le tueur reprend des événements très privés de la vie du protagoniste. A un moment donné, une fausse piste emmène les flics à suspecter un homme castré par sa mère et cloîtré dans son mobile home d’être le boucher responsable des carnages alors qu’en réalité, il tenait plus du petit malin manipulateur qui cherchait une reconnaissance sociale. A contrario, un jeune tueur, mis en opposition à travers deux interrogatoires intellectuellement et physiquement musclés, qui veut ritualiser ses meurtres, est une bête traumatisée par un viol qui crache à travers sa sinistre besogne une haine du monde.

Chez Dexter qui a eu la chance de trouver une paix intérieure grâce à son père adoptif, la compassion domine: il va jusqu’à considérer ce pauvre gamin comme un fils qu’il n’aura peut-être jamais. En plein milieu de la saison, les scénaristes font une allusion politique au trafic humain de cubains, parqués dans un dépotoir nauséabond qui sert de casse aux bagnoles (les belles voitures étant un des symboles du rêve américain). Dexter célèbre la face cachée et pestilentielle d’une Amérique illusoire, en barbouillant de sang la carte postale de Miami comme le prouve un travelling dans l’épisode 5 qui suit un beau couple allant se baigner pour finalement découvrir un cadavre dans l’eau. Cet épisode très intense amène un retournement de situation vertigineux au début de l’épisode 6 qui propose de reconsidérer la donne et ajoute du piment au jeu du chat et de la souris entre les deux tueurs. Les relations de Dexter aux autres ne seront d’ailleurs basées que sur ce principe (cf. le thérapeute retors de l’épisode 8). La révélation de l’identité du vrai «tueur du camion frigorifique» ne se fera qu’à la toute fin de l’épisode 8 avec un raccord sur un morceau
de Eric Carmen. Si ce n’est pas de l’audace.