Par - publié le 24 mars 2008 à 15h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h35 - 0 commentaire(s)
Les scénaristes de la série se sont concentrés sur des personnages très précis pour éviter les bifurcations inutiles: si chacun d’eux bénéficient d’une attention particulière, ce n’est pas un hasard. Ils révèlent tous un atout ou une faiblesse favorisant inconsciemment la traque d’un criminel dont on se demande pendant longtemps s’il ne s’agit pas de Dexter lui-même (délire paranoïaque et schizophrène), notamment lorsque le tueur reprend des événements très privés de la vie du protagoniste. A un moment donné, une fausse piste emmène les flics à suspecter un homme castré par sa mère et cloîtré dans son mobile home d’être le boucher responsable des carnages alors qu’en réalité, il tenait plus du petit malin manipulateur qui cherchait une reconnaissance sociale. A contrario, un jeune tueur, mis en opposition à travers deux interrogatoires intellectuellement et physiquement musclés, qui veut ritualiser ses meurtres, est une bête traumatisée par un viol qui crache à travers sa sinistre besogne une haine du monde.



Chez Dexter qui a eu la chance de trouver une paix intérieure grâce à son père adoptif, la compassion domine: il va jusqu’à considérer ce pauvre gamin comme un fils qu’il n’aura peut-être jamais. En plein milieu de la saison, les scénaristes font une allusion politique au trafic humain de cubains, parqués dans un dépotoir nauséabond qui sert de casse aux bagnoles (les belles voitures étant un des symboles du rêve américain). Dexter célèbre la face cachée et pestilentielle d’une Amérique illusoire, en barbouillant de sang la carte postale de Miami comme le prouve un travelling dans l’épisode 5 qui suit un beau couple allant se baigner pour finalement découvrir un cadavre dans l’eau. Cet épisode très intense amène un retournement de situation vertigineux au début de l’épisode 6 qui propose de reconsidérer la donne et ajoute du piment au jeu du chat et de la souris entre les deux tueurs. Les relations de Dexter aux autres ne seront d’ailleurs basées que sur ce principe (cf. le thérapeute retors de l’épisode 8). La révélation de l’identité du vrai «tueur du camion frigorifique» ne se fera qu’à la toute fin de l’épisode 8 avec un raccord sur un morceau eighties de Eric Carmen. Si ce n’est pas de l’audace.



Jalonnée de quelques références discrètes (le plan de Dexter dans son bain renvoyant à la L’échelle de Jacob, allusion au cinéma de John Singleton, atmosphère heat of the night à la Michael Mann); débarrassé de manichéisme (le couple de trafiquants ignobles qui se disent «je t’aime» avant le trépas, l’évolution des personnages en général), la série Dexter, portrait de serial-killer, séduit, touche, impressionne avec son refus des contingences usuelles, sa remarquable interprétation et sa maîtrise des genres. C’est à la fois un polar spectaculaire avec effluves gores et coups de théâtre inattendus, un drame poignant sur la difficulté de communiquer, une comédie sur les relations humaines et une analyse psychologique incisive et complexe sur ce qui se trame dans des cerveaux déglingués. Les téléspectateurs américains de Showtime ont adoré cette insolence : la série est passée de 603.000 à 1,1 million entre le début et la fin. D’un bout à l’autre, les éléments dramaturgiques s’enchaînent avec une cohérence inouïe jusqu’au surprenant final (qu’on ne révèlera pas). D’autant que quelques zones d’ombre sont astucieusement laissées en suspens. C’est pour mieux y répondre dans une seconde saison dont le tournage a commencé le 30 mai dernier pour une diffusion prévue en septembre prochain sur Showtime. Si la suite possède ce même habile dosage, cette série devrait sans peine être érigée comme parangon d’un genre de plus en plus balisé.
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