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Didier Bourdon, Un Cineaste Qui Tient Le Bon Bout ! [page 1]

Par Gilles Botineau - publié le 08 juillet 2009 à 00h05 ,
MAJ le 26 septembre 2009 à 02h24 - 0 commentaire(s)
Le cinéma français est en train de prendre une drôle de tournure. En effet, aujourd'hui, rares sont les humoristes, issus de la scène ou du petit écran, qui ne réalisent pas leur propres films. Or, jusqu'à une certaine époque, cette idée ne serait même pas venue à l'esprit d'artistes tels que Michel Serrault, Philippe Noiret, Jean-Paul Belmondo, ou bien encore Jean Lefèbvre. Il s'agissait pourtant d'acteurs parmi les plus « bankables » du moment... Depuis, les Temps ont bien changé. Et si la plupart se cassent les dents (l'année 2009 nous en a déjà présenté quelques spécimens), d'autres, en revanche, s'en sortent remarquablement. Les Inconnus, et plus particulièrement Didier Bourdon, sont de ceux-là. A l'occasion de la sortie en salles cette semaine de son nouveau long-métrage intitulé Bambou, retour sur la « jeune » carrière d'un cinéaste surprenant et en pleine évolution.



LA GRANDE EPOQUE DES INCONNUS

A la fin des années 80, la bande des Inconnus, formée de Bernard Campan, Pascal Légitimus et Didier Bourdon, remplit tout d'abord les salles parisiennes, avant de faire exploser l'audimat télévisuel quelques temps après, grâce à leur célèbre émission La Télé des Inconnus. A ce moment-là, la reconversion cinématographique n'était pas encore monnaie courante dans la mesure où, en plus, les nouveaux comiques français se formaient à peine. Pourtant, le Septième Art reste, pour nos trois larrons, un rêve (à moitié réalisé). On se souvient par exemple du film réalisé par Jean-Pierre Vergne en 1985, Le téléphone sonne toujours deux fois (les Inconnus étaient alors cinq, avec Smaïn et Seymour Brussel, aujourd'hui ostéopathe). Deux ans plus tard, Pascal Légitimus cartonne dans L'oeil au beur(re) noir tandis que Didier Bourdon se fait remarquer aux côtés de Gérard Depardieu dans La Machine. Mais ils sont loin de leur univers, voire à l'opposé total.

Avec l'aide de Claude Berri, et devant l'incroyable succès de leurs comparses Les Nuls qui sortent La cité de la peur un an auparavant, ils décident eux-aussi de monter leur propre film. Ce sera Les Trois frères. Mais à la surprise générale, ils ne sont que deux sur trois à l'écrire : Bourdon et Campan. Légitumus préfère rester (provisoirement) à l'écart de ce projet, en sachant toutefois qu'il aura droit à sa part de gâteau, c'est-à-dire à l'un des rôles majeurs. Et le résultat est loin d'être décevant. Là où Les Nuls ont préféré faire appel à un spécialiste de la comédie (Alain Berbérian, réalisateur avec qui ils travaillèrent également de nombreuses fois lors de leurs parodies télévisuelles), Bourdon et Campan, quant à eux, tentent de garder les pleins pouvoirs. Ils apparaissent alors en tant qu'auteurs, acteurs, mais aussi metteurs en scène. Tant d'emplois pour d'aussi « jeunes » artistes laissaient donc craindre le pire. Surtout avec aussi peu d'expérience. Claude Berri leur fait pourtant une confiance aveugle, comme il le fera ensuite avec Alain Chabat pour Didier ou bien encore Dany Boon avec La Maison du Bonheur, puis Bienvenue chez les Ch'tis.



A l'instar de Les Nuls, Les Inconnus restent fidèles à eux-mêmes. Les Trois frères est avant tout marqué de leur style. Peut-être un peu trop selon certains. Ils instaurent en effet une règle qui deviendra par la suite celle de tous les humoristes se lançant dans le cinéma : adapter leurs sketches les plus représentatifs et les plus mythiques de leur carrière, et les insérer au coeur d'une histoire. Ainsi, tout au long du film, ils égratignent le pouvoir, les hommes de loi, la télévision (mythique millionnaire) et bien d'autres choses encore, déjà vues lors de leurs spectacles ou émissions. Cependant, Les Trois frères va beaucoup plus loin et ne se contente donc pas de compiler un vulgaire best of. La force du film est de proposer un véritable scénario, original, parfaitement bien huilé, et d'une richesse « gaguesque » inouïe. La plupart des séquences et autres répliques sont cultes dès la sortie en salles. « Votre colin, avec ou sans patate ? - 100 patates !! » restera sans nul doute l'une des plus célèbres. Ce qui nous frappe encore davantage, c'est la fluidité de la mise en scène, sa construction et son rythme. Campan et Bourdon possèdent un véritable regard et regorgent d'idées, amusantes certes, mais aussi parfois poétiques. On pense notamment à la séquence d'ouverture, lorsqu'une caméra épaule (on est donc loin du cinéma plan-plan) se promène dans un marché et s'attarde sur trois enfants qui se tiennent la main et ressemblent étrangement aux trois Inconnus. Au final, Les Trois frères réunit plus de sept millions d'entrées. Les inconditionnels sont définitivement séduits, et les autres se laissent également embarquer par cette « nouvelle » troupe cinématographique (avant un improbable retour sur scène ??). Premier coup d'essai réussi : chance, ou talent caché enfin révélé ? Quoi qu'il en soit, un réalisateur est né (Campan n'a mis en scène qu'un seul long-métrage en solo depuis, La face cachée, 2007).


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