Par Kevin Prin - publié le 08 juin 2006 à 11h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h58 - 0 commentaire(s)
A l'occasion de la sortie de l'édition collector de Lady Vengeance, il est temps de faire le point sur les DVD asiatiques disponibles depuis l'existence du format. Alors que le ciné HK est pratiquement mort depuis 1997, le genre asiatique en général explose depuis quelques années, parallèlement au développement du DVD.

Pour l'occasion nous avons aujourd'hui choisi 10 DVD indispensables. Un chiffre volontairement faible et qui nous oblige à en laisser beaucoup de côté, mais qui vous permettra de distinguer dans la jungle des DVD asiats lesquels sont indispensables à toute dvdthèque digne de ce nom.

Lady Vengeance
Disponible aujourd'hui dans les bacs, le troisième volet de la trilogie sur la vengeance par Park Chan Wook ne dépareille pas en DVD. Après Sympathy For Mr Vengeance (sorti chez HK Video), l'incroyable édition de Old Boy (Wild Side Video), HK Video met les petits plats dans les grands et propose trois disques : l'un pour la version cinéma, l'autre pour la version réalisateur inédite, et le troisième pour les très nombreux bonus. Et qui plus est, le packaging s'avère absolument magnifique.


Image : 9/10
DVD 1
Alternant les plans froids (majoritaires) et d'autres composés de couleurs très vives, Lady Vengeance possède à son actif une photographie complexe, esthétisée à l'extrême. Le DVD de HK Video réussit à lui rester fidèle de bout en bout, apportant un niveau de définition exceptionnel, le tout dans un transfert habilement maîtrisé même si quelques rares arrières plans ou de gros dégradés trahissent de légers défauts de compression. Mais le pari technique est relevé : que ce soient les plans en mouvement ou ceux fixes (les plus durs à encoder en DVD), l'image de cette édition est d'excellente qualité.



DVD 2
La version passant de la couleur au noir et blanc peut se targuer des mêmes qualités que celle vue en salles et présente sur le premier DVD. La photographie est toujours aussi magnifiquement rendue, et les plans aux couleurs modifiés passent tout aussi bien que le reste. On retrouve encore quelques arrières plans fourmillant, mais rien de dramatique.

Son : 8/10
Les pistes Dolby Digital 5.1 (384kbps) en français et coréen accompagnant le film dans ses deux versions, possèdent toutes les qualités escomptées. Les nombreux dialogues sont parfaitement rendus, les bruitages d'ambiances envahissent les cinq canaux et marquent leur présence, et la musique, dès qu'elle arrive, envahit toute la pièce. Le tout dans une excellente dynamique, atteignant de sympathiques sommets lors des coups de feu ou des coups tout court.


Menu audio DVD 1


Menu audio DVD 2

Les pistes DTS (mi-débit, 768kbps) sont quant à elles réparties entre les deux DVD : en français sur la version cinéma, en coréen sur la version du réalisateur. Si ces piste DTS proposent une ampleur et une dynamique accrue, ce n'est que de très peu par rapport aux pistes Dolby Digital déjà d'excellentes qualité.

Interactivité : 9/10 Le coffret Lady Vengeance est présenté sous la forme d'un superbe digipack, solide et merveilleusement illustré avec goût.

Les bonus, d'une exhaustivité remarquable, ridiculisent la concurrence même s'il eut été plus clair que tout mettre dans un making-of et non de fragmenter de la sorte. Brillantissime néanmoins.

DVD 1

Le DVD s'ouvre sur un petit teaser de Apparition (The Uninvited), film coréen fantastique prochainement prévu chez l'éditeur, avant de laisser place au menu. Celui-ci plongé dans une ambiance épurée, se montre classieux, reprenant avec grâce la splendide musique du film.


Commentaire audio du réalisateur et de l’actrice principale (vostf)
Il révèle quelques détails amusants de cuisine interne mais s’avère conventionnel dans son discours et ne renseigne pas davantage que les bonus ici à profusion. Le résultat est un peu vain même si le fait d’entendre de nouveau la belle actrice et le grand réal n’est pas pour nous déplaire.


Commentaire audio du réalisateur et de l’équipe du film (vostf)
La présence d’un Park enrhumé ne gâche que partiellement ce commentaire audio riche en anecdotes sur les difficultés formelles. Alors que le premier commentaire audio s’intéresse à ce qui est d’ordre émotionnel, le second donne une importance aux prouesses techniques. Le cinéaste est plus à son aise pour justifier ses parti-pris et ses audaces.

DVD 2

Reprenant à l'identique les menus du premier DVD, ceux du second passent intégralement en noir et blanc (sauf pour le titre du film). Un choix logique puisque ce DVD propose la version du réalisateur...


Version réalisateur
Le cinéaste présente sa version "réalisateur", celle qu’il préfère avec notamment un changement de couleur pour amplifier l’expiation de l’héroïne qui oublie progressivement son désir de vengeance. Contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, le cinéaste n’a pas alterné les passages en noir et blanc et ceux en couleur mais a retiré les couleurs de l’image vers la fin du film. Principalement parce que ce changement n’est pas qu’une simple coquetterie visuelle. En réalité, il sert à appuyer le joug du passé en ramenant l’héroïne treize ans auparavant. La modification s’opère précisément lorsque Geum-Ja retrouve son ex et donne à l’écran une vraie intensité aux scènes qui sont les plus fortes émotionnellement. Dans une brève présentation, Park Chan-Wook confesse que c’est cette version qu’il préfère parce que plus fidèle à son idée originelle. Elle a sans doute dû lui être inspiré par l’impressionnant prologue de Kill Bill qui était lui aussi en noir et blanc ainsi que les scènes de la House of Blue Leaves que le cinéaste avait finalisé en noir et blanc pour faire passer des geysers de sang et des pieds arrachés. Le paradoxe veut que l’utilisation du noir et blanc leur ait donné un relief intéressant.



On trouve sur ce second DVD quelques bande-annonces de l'éditeur.

Les bonus quant à eux se situent sur le troisième DVD, chroniqué page suivante. DVD 3
Making of (10 min 45)
Moins élaboré et exhaustif que celui sur Old Boy qui proposait littéralement de suivre toutes les étapes du tournage, le making-of présent ici va droit à l’essentiel (le courage monstrueux de Lee Young-Ae qui n’a pas fait les choses à moitié, la présence des acteurs récurrents du cinéma Chan-Wookiste, les fous rires, le tournage en Australie) et loue la minutie (et donc la maniaquerie du détail) du grand Park. Les autres bonus répondent à ce qui pourrait sembler absent ici.


Interview Lee Young-Ae (6 min 30)
L’interview commence par des petits mots sympas des acteurs et des membres de l’équipe sur l’actrice qui avait déjà joué sous l’égide de Park dans l’excellent JSA. Elle parle essentiellement de son personnage, de son travail et des scènes les plus risquées (une séquence dans le vide qu’elle a assumé sans broncher). Belle implication.


Interview Choi Min-Sik (6m40)
Interview du Old Boy qui entre temps a changé de camp (la frontière si ténue entre le bien et le mal) et qui continue de mettre la bonne ambiance sur les plateaux. Une réputation qu’il confirme sur les images du making-of. Dans l’interview, il revient sur son personnage, le travail avec Park mais surtout l’effet spécial où on le voit en chien. Au dernier festival de Cannes, on a récemment pu le voir devant le palais en train de manifester pour sauver le cinéma coréen.



Les détenues (5m55) & Les membres des familles (7min35)
La belle idée de ces bonus est de donner la parole aux personnages secondaires de ce récit excentrique. Les actrices qui incarnent les détenues révèlent un beau CV et de vrais caractères; ceux et celles qui jouent les membres des familles reviennent sur la fameuse scène trash du film en expliquant leur implication personnelle.


Conception visuelle (6min24)
Park Chan-Wook revient sur la manière dont il a envisagé le film d’un point de vue visuel. Par exemple, comparativement à Old Boy, il a désiré multiplier les plans fixes et faire moins de mouvements de caméra. Cette démarche est cohérente parce qu’elle consiste à amplifier les disparités entre les opus de la trilogie sur la vengeance. Le cinéaste précise également ses intentions avec l’actrice. Quand elle est dans la prison, elle ressemble à ce qu’elle est dans la vie de tous les jours ou même dans d’autres films alors que lorsqu’elle est résignée à se venger, elle arbore un visage plus dur et inhabituel. La volonté de bouleverser son image publique est l’une des raisons qui a poussé Chan-Wook à faire ce film.

Conception des décors (8min12)
Interview du chef-opérateur. On apprend d’emblée que Park Chan-Wook voulait faire un film qui commence en couleurs et finissent en noir et blanc. En fonction, le directeur de la photographie s'est mis au diapason. L'immense travail sur les décors (qu'il s'agisse du restau ou de la prison, même boulot) impressionne.

Costumes et maquillages (8min05)
Tout le supplément tourne autour du personnage de Lady Vengeance. Le choix des vêtements parfois excentriques puis très classes dans le dernier tiers et le fait que les personnages aient du rouge sous les yeux sont expliqués.



Effets visuels (7min02)
Le bonus s'intéresse essentiellement aux effets gore (une balle dans la tête lors de la fameuse séquence de fusillade) pour illustrer les tortures du personnage à la fin mais également au trucage du chien. Instructif.

Effets numériques (7min)
On revient également sur la scène onirique où la protagoniste bute le salaud de l'histoire transformé en chien. On apprend la signification du geste en même temps qu'on assiste à un travail précis allant jusqu'à la couleur du ciel qui selon le cinéaste devait ressembler à un tableau d'encre de Chine.



Scènes alternatives
  • Témoignage de foi (1'19) Scène où Lady Vengeance est en prison, fait un discours sur Dieu qui lui a donné la foi. Passage comique raccourci dans le film.
  • La prière de Geum-Ja (0'57) Une scène de prière accessoire qui confirme que le cinéaste a éludé l'aspect mystique de son chemin rédempteur.
  • Manuscrit Bouddhiste (0'56) Même réflexion que sur la scène précédente.
  • Traduction simultanée (6'00) La séquence la plus longue qui n'est pas finalisée. Les commentaires du réal et de l'actrice sont très intéressants.
  • Colère (2'49), Respiration profonde (0'57) & M. Baek (0'45) Dans ces scènes coupées, Lady Vengeance se défoule sur le salaud de l'histoire. Elles n'apportent rien et se révèlent inutilement étirées.



    Lady Vengeance à Venise (8'20)
    La correspondance avec la présentation d'Old Boy à Cannes était trop belle pour ne pas y penser. Park Chan-Wook et sa sublime actrice Lee Young-Ae assistent au conférence de presse, multiplient les interviews, reçoivent une standing ovation. De toute évidence, l'expérience n'est pas aussi intense que sur la Croisette (lors de la montée des marches, le cinéaste coréen avait été flatté que les organisateurs diffusent la sublime musique d'Old Boy; à Venise, nada) mais ce qui est amusant, c'est de constater que PCW savait qu'il n'aurait rien parce que la standing ovation a duré moins longtemps que celle pour Old Boy à Cannes. C'est peut-être là qu'il touche à la faiblesse de son dernier film: moins immédiatement accessible que l'instantané culte Oldboy mais non moins brillant.

    Critique par Kevin Prin et Romain Le Vern
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