Réalisateur de l’exquis
Batman Begins, Christopher Nolan est un cinéaste brillant qui aime surprendre les spectateurs en même temps qu’il demeure un mystère ambulant. Ses fictions retorses malmènent la psychologie des personnages, court-circuitent les conventions, abreuvent d’audaces formelles et ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Après
Following,
Memento et
Insomnia, le réalisateur anglais redonne le goût de vivre aux aficionados de
Batman.
Le saviez-vous : un mythe renaît de ces cendres ! Prière d’oublier illico les autres films à l’affiche. S’il n’y a qu’un seul film à voir ce mois-ci (et peut-être même de cette année), c’est celui-ci :
Batman Begins, qui est tous les films et tous les genres à la fois. Un thriller autant qu’un mélo, une comédie qu’un drame, un film fantastique qu’un trip horrifique. Mais on peut toutefois se demander si le résultat aurait été aussi brillant sans Christopher Nolan derrière la caméra. Cela commence à faire un bout de temps que tout le gratin cinéphilique le considère comme un virtuose. Confirmons le brouhaha médiatique: c’en est un.
Son parcours est exceptionnel. En cinq films, il a su imposer des styles, des mouvances et de fait des œuvres uniques qui s’imposent aujourd’hui comme des références. Revenons au début : qui aurait pu s’imaginer à la vision de
Following, petit film roublard tourné avec trois bouts de ficelle, que Christopher Nolan, coupable de ce joli coup de maître, se retrouverait à la tête d’un épisode de
Batman ? Soyons francs : personne. D’un film rikiki, le monsieur nous pond le nouveau Batman. Problème ? Non. Talent ? Oui. Immense, même.
Following, premier film de Christopher NolanNé en 1970, Christophe manie la caméra dès son plus jeune âge et commencé à réaliser des films avec la caméra 8mm de son père.
Tarantella, court métrage en 8mm qu’il réalise, est diffusé aux Etats-Unis sur la chaîne PBS alors qu'il est étudiant en lettres à l'Université de Londres. Début précoce ? Oui. Par la suite, il poursuit les courts-métrages en 16 mm et finit par réaliser
Following, un premier long-métrage très astucieux en noir et blanc avec des acteurs méconnus dans lequel on perçoit déjà les thèmes de prédilection du cinéaste (frontière entre le bien et le mal, voyeurisme, manipulation tacite…) et tous les codes du film noir gaiement écornés. Un romancier file des inconnus jusqu'au jour ou l'un deux, cambrioleur professionnel, l'entraîne dans ses combines. Le résultat est aussi court que troublant, flirte avec l’exercice de style tout en restant virtuose et pas prétentieux. Grâce à un bouche à oreille laudatif, le film reporte un petit succès dans les festivals qu’il traverse et le patronyme du réalisateur commence à se lire sur toutes les lèvres. D’emblée, on pense à Scott McGehee et David Seigel et leur succulent
Suture (film en noir et blanc dans le même sillage), mais on perçoit la singularité nerveuse d’un cinéaste qu’on aurait pu hâtivement être réduit à une bête de festival. L’avenir démontrera le contraire.