C’est l’un des mystères les plus étranges du cinéma actuel. Artiste incompris, Crispin Glover réalise tout seul dans son coin des blocs perturbants qui ne ressemblent à rien de connu. Comme acteur, il avait pris pour habitude de brouiller les pistes en paradant dans des block-busters rémunérateurs (
Charlie et ses drôles de dames) et en jouant dans des petites productions indépendantes (le très bizarre
Rubin et Ed - sans doute le film qui lui ressemble le plus). En tant que cinéaste, il entame une carrière hallucinante comparable à celle de Alejandro Jodorowsky et David Lynch à leurs débuts en étant l’auteur d’une trilogie sur la monstruosité (
What is it?;
Everything is fine et prochainement
It’s Mine). Derrière la caméra, il confirme une prédilection séduisante pour la bizarrerie que l’on soupçonnait chez lui depuis longtemps. Sa came, c’est le cinéma d’auteur expérimental nourri de tentations surréalistes qui bouscule les us et coutumes d’un cinéma traditionnel et impose ses lois absurdes. Ses maîtres à penser? Luis Buñuel, Harmony Korine, Guy Maddin, Fernando Arrabal, Gus Van Sant et, surtout, Werner Herzog, un ami très proche (
What is it? cherche à reproduire l’impact des
Nains aussi ont commencé petits). Leur folie commune a servi d’inspiration pour construire chaque volet, à la fois référencé et très libre, dont l’art consiste à se propulser dans un univers unique et obsessionnel. Pour qui aime les expériences vraiment autres et les défis de cinéma offensifs, il faut à tout prix découvrir ça.
A l’abri des modes et des conventions, Crispin Glover construit silencieusement une filmographie qui bouleverse tous les a priori cinéphiles. Ne venez pas dire que vous n’avez pas été prévenus. Lorsqu’il est venu présenter ses deux premiers longs métrages à deux reprises au festival de Sitges, l’apprenti cinéaste s’est promené avec les bobines de ses précieux sésames sous le bras. De peur qu’un fan malintentionné ne les dérobe et les diffuse à un trop large public. Après avoir vu lesdits sésames, on le comprend : il a raison d’être paranoïaque.
What is it? et
Everything is fine s’imposent comme deux uppercuts d’une insolente beauté qui font partie de ces films dont on ne revient pas. Crispin essaye de préserver une aura de mystère à travers les répercussions lors des projections en festival ou des bandes-annonces extrêmement intrigantes diffusées sur
YouTube. A l’origine, le premier
What is it, construit sur quasiment dix ans, ne devait être qu’un simple court-métrage. Sans velléité, Glover tourne dans les années 90 les premières scènes à Los Angeles et boucle tout (le tournage, le montage) en douze jours. En fréquentant des festivals du monde entier, il diffuse des extraits de son court, accompagnés de textes. Il en est l’unique producteur et a réussi à achever son projet grâce à l’argent gagné sur
Charlie et ses drôles de dames et
Willard.