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Dossier : Cronenberg Promises [page 1]

Par - publié le 05 novembre 2007 à 06h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h10 - 0 commentaire(s)
Depuis History of Violence, David Cronenberg semble avoir trouvé la bonne formule pour rebondir après les expériences plus sobres et controversées de Crash et de Spider (eXistenZ dans une moindre mesure). Sa méthode? Délaisser les obsessions organiques pour donner de l’ambiguïté aux archétypes des films de gangsters. Son précédent long invitait déjà à se méfier des genres: History of Violence, diamant noir, ultra-classique en apparence et torturé en dedans, assurait que tout ce qui était important résidait dans les échanges de regards et donc dans ce qui n’était pas dit. Comme le démontrait une scène finale hallucinante, résumant à elle seule les qualités d'épure. C’était une nouvelle forme de cinéma pour traduire la violence et la détresse, la même qui créait une rupture dans sa filmographie avec Faux Semblants et Le Festin Nu au début des années 90. Mieux vaut ne pas se fier aux apparences. Les promesses de l’ombre se présente comme une nouvelle histoire de violence. C’est une histoire d’amour. Explications.


RIEN N’EST CE QUI SEMBLE ETRE
David Cronenberg est aussi passionnant à écouter que ses films à disséquer. Et tant pis pour la masturbation intellectuelle. Contrairement à David Lynch qui refuse d’expliquer tous les mystères que contiennent ses films, le poète des faux-semblants aime les interprétations. Rien d’étonnant pour quelqu’un qui a commencé par des études de lettres avortées et longtemps fantasmé une carrière de chirurgien (la caméra deviendra chez lui une excroissance). Il suffit de voir l’introduction des Promesses de l’ombre pour que plus rien ne ressemble à nos certitudes. Comme souvent avec le cinéaste, il convient de se méfier de ce que les images font mine de nous montrer. Les promesses de l’ombre est un film qui avance masqué, qui triche avec notre perception. Un film qui fait semblant de nous prendre par la mimine pour nous expliquer une histoire mafieuse comme on en connaît trop. Si la trame linéaire donne à penser que tout est à l’écran, Cronenberg ne laisse pourtant rien au hasard et se sert du scénario limpide de Steven Knight (Dirty Pretty Things) pour injecter des éléments personnels. D'ailleurs, Cronenberg a apporté de nombreuses modifications au scénario d'origine et s'est rapproprié l'histoire avec l'auteur dans un second temps. Le cinéaste que l’on sait virtuose de l’ambiguïté est capable de donner l’illusion du sens là où il n’y en a plus aucun voire de faire passer une tautologie pour un discours subversif (voir M. Butterfly). A la fois modeste et ambitieux, David Cronenberg veut chaque fois remettre son cinéma au présent, lui redonner vie par le seul geste de filmer, d’où la minoration d’un suspense qui n’est pas tant que ça son affaire. L’histoire est structurée autour de l’idée classique du mal qui s’associe au bien pour combattre le pire. Les acteurs, virtuoses, la portent à un niveau extraordinaire avec émotion dans les regards, sentiments bruts et romanesque franc.


PARODIE ET TRANSGRESSION
Plus encore que History of Violence, Les promesses de l’ombre utilise dans la narration des éléments proches des conventions hollywoodiennes. Ils sont appliqués avec un tel premier degré que cela dénote intuitivement une tendance à la parodie. Les recours à la musique mélodramatique, au final très Hollywoodien ou à une voix-off ostensiblement misérabiliste (une première dans le cinéma de Cronenberg et ce n’est pas un hasard) cherchent à stimuler ouvertement l’affect lacrymal du spectateur. Au premier degré seulement, le film paraît extrêmement conventionnel dans son architecture. Ce serait clair comme de l’eau de roche, s’il n’y avait pas les interstices tranchants, l’instinct subversif de Cronenberg, la raideur formelle qui hésite entre le rire et les larmes, la description du folklore russe volontairement artificielle pour créer l’illusion du fantasme, les postiches extravagantes des comédiens et les postures outrées des interprètes. Au second degré, on se rend compte que tous ces tics ne fonctionnent que comme des apparats. Comme des tatouages sur un corps qui révéleraient une fausse identité. C’est finalement dans ce registre que Cronenberg se montre le plus pervers, le plus proche de ses intentions. Non pas qu’il ait abandonné ses prédilections de toujours pour suivre des rails péniblement conformistes. Il cherche juste à travers un style mainstream à sonder les restes de bizarreries, d’étrangetés dissimulées dans le monde comme des cailloux sur une route perdue. Depuis toujours, son cinéma est placé sous le signe de la transgression. Sa mise en scène est plus proche de ses personnages tout en créant un sentiment de vertige. C’est pourquoi certains effets simples, à la fois clichés et classiques, sont aussi amplifiés, parfois à la lisière de la gratuité (les égorgements très marqués). C’est pourquoi les sommets de violence, traités de manière chirurgicale, sont aussi marquants. C’est pourquoi un personnage ordinaire comme celui de la sage-femme pénètre un monde extraordinaire. C’est pourquoi le film bouleverse lors des scènes les moins hypertrophiées (un simple échange de regard, une tentative de caresse manquée, le rapprochement de deux visages quasi-jumeaux). C’est pourquoi la tension diffuse étreint ici du premier au dernier plan.
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