Par G.M - publié le 19 septembre 2006 à 10h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h09 - 0 commentaire(s)
Buffy se sent faible et misérable, incapable de réprimer son addiction. Elle a besoin de ces instants d’oublis pour tolérer le quotidien. Dans l’épisode « Dead things » (6x13), Buffy verra dans la mort de la jeune femme une occasion de rachat. Elle cherche à se punir pour se purifier de ses « pêchés ». L’accusation de meurtre arrive à point nommé. Elle n’hésite pas un seul instant à assumer ce crime, espérant obtenir une sorte de rédemption par la punition. Lorsqu’elle roue Spike de coups (il l’empêche de se livrer), c’est un peu comme si elle se frappait elle-même. Elle l’accuse de ses propres failles : il ne sent rien de réel ; c’est une chose sans âme, vide de l’intérieur… Une nouvelle fois, Spike n’a pas de réelle existence. Il représente juste le côté sombre de Buffy. Il incarne ses pulsions les plus mortifères et leur sert de catalyseur.

Perversité, mépris d’elle-même, besoin de rédemption : voilà ce qui « détruit » Buffy. Il y a encore un élément à prendre en compte. Nous avons vu que ces plages de sexualité débridée permettent à Buffy de supporter le réel. Mais « supporter » signifie ne faire aucun effort pour améliorer. Grâce au sexe, Buffy rend les choses tolérables, mais n’améliore en rien sa condition et son état d’esprit. Le statu quo reste maintenu, rien ne change. Lorsque la réalité devient trop insupportable, hop, un petit orgasme, et Buffy repart mener une existence terne, éprouvante, jusqu’à la prochaine fois. Elle ne va plus de l’avant, ces « pansements sexuels » l’empêchent d’évoluer vers une vie meilleure.

Enfin, notons que lors de la rupture, Buffy appelle Spike, William. C’est un peu comme si elle lui redonnait sa dignité d’individu, affirmant son altérité. Spike ne jouera plus le rôle d’objet sexuel.
Willow connaît aussi une sorte d’addiction qui lui permet d’échapper au réel. Après la séparation d’avec Tara, Willow s’enfonce dans la magie comme dans une drogue. Cette métaphore est l’une des plus limpides de toute la série. Willow va voir Rack, une espèce de dealer (Wrecked : 6x10). Elle obtient sa dose en échange de services sexuels très clairement suggérés (« Tu as un goût de fraise ») Elle s’abîme dans un trip psychédélique (nature, espace…) qui se transforme rapidement en mauvais trip (créature monstrueuse qui la poursuit…) Enfin, complètement soumise à sa dépendance, elle devient irresponsable, provoque un accident, met la vie de Dawn en danger. Willow sombre donc dans la magie comme on sombrerait dans l’alcool ou la cocaïne, pour oublier la souffrance que lui cause le départ de Tara. Après la mort de Tara, l’addiction de Willow prendra une nouvelle forme. Elle sera animée par une volonté d’anéantissement, une fuite vers la mort, la disparition de Tara étant trop absurde et intolérable pour que la vie puisse continuer comme si de rien n’était. Les dernières « prises de magie » de Willow ont avoir avec l’overdose, le delirium tremens, la volonté d’autodestruction.

Les trois membres du Trio sont les ultimes accrocs de cette saison. Eux ne se réfugient pas vraiment dans le sexe ou la drogue. Ils se réfugient dans la fiction. Warren, Andrew et Jonathan sont ce qu’on appelle communément des « geeks ». C'est-à-dire qu’ils ne perçoivent la réalité qu’à travers des œuvres de fiction. Leur univers se compose de références à Star Wars, Star trek, James Bond et autre docteur Who… La réalité a moins de poids que ces œuvres fictionnelles qui conditionnent totalement leur existence. D’ailleurs, le Trio se constitue comme un groupe de « méchants » typique des comics book, avec leurs inventions aussi diaboliques qu’absurdes (un rayon d’invisibilité, un rayon glaçant, des cristaux qui rendent surpuissants…) Avec une rare intelligence, Whedon met en garde le public de sa série. En effet, quelle autre série aura générée autant d’analyses délirantes (comme celle-ci ?), de sites internet dithyrambiques et de fans forcenés s’impliquant affectivement ? « Buffy the Vampire’s slayer » est la série type créatrice de « geeks », qui semblent plus s’investir dans le monde fantasmatique de Sunnydale que dans la vie réelle. Avec les personnages du Trio, véritables caricatures du « fan », Whedon tire le signal d’alarme : la fiction reste un divertissement, il ne faut pas qu’elle devienne une fuite en avant hors de la réalité. La fascination pour le porno de nos trois lascars témoigne de cette volonté de vivre par procuration, par écrans interposés. Qui oserait encore dire que cette série prend son public pour un imbécile ? En adressant aux spectateurs un message mature, allant à « rebrousse-poil », Whedon prouve une nouvelle fois l’intelligence et la cohérence de son œuvre. L’attitude s’avère bien évidemment infantile, comme toute fuite du réel. Mais qui ne s’est jamais réfugié dans une salle de cinéma pour oublier ses soucis de la journée ?


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