B. L’addictionIl existe une méthode pour supporter la réalité, ses contraintes, ses frustrations. Pour alléger le poids du réel, rien de mieux que de devenir accroc ! A quoi ? Et bien, c’est selon les goûts : au sexe, à la drogue, à la fiction… Et parfois, on peut mélanger les addictions, qui sont autant de moments d’évasion. Occupons-nous d’abord du cas Buffy.
Dans un premier temps, Buffy se sert de Giles comme d’un paravent. Véritable père de substitution, Giles prend en charge les soucis financiers, l’éducation de Dawn, bref, toutes sortes de difficultés. Mais à la fin de l’épisode 6x08, Giles s’en va. Il décide de laisser sa protégée seule, pour la rendre autonome, apte à affronter la réalité par elle-même. Buffy, écrasée par cette chape du réel, trouve alors une échappatoire dans le sexe. En effet, sa relation avec Spike la soulage, l’espace d’un instant, de son existence quotidienne. D’ailleurs, elle utilise Spike toujours aux moments de crises, lorsque la réalité devient tout bonnement intolérable. Le premier baiser arrive à la fin de « Once more with feeling », quand Buffy se trouve au fond du gouffre. Un instant plus tôt, elle était à deux doigts de commettre un suicide en accompagnant, de son plein grès, le démon Sweet dans son antre démoniaque. Le deuxième baiser intervient quand Buffy, déprimée par le départ de Giles (Tabula Rasa 6x08) se sent perdue et abandonnée. Dans Smashed, (6x09), la peur d’être anormale jette Buffy dans les bras de Spike pour de fougueuses étreintes. C’est une peur et un soulagement aussi. Si elle est revenue « mauvaise » ou « anormale » d’entre les morts, elle peut se permettre un comportement qu’elle juge déviant et apaiser ses pulsions, sans trop d’états d’âme. Dans l’épisode 6x12, pour échapper au monde glauque et déprimant du Doublemeat Palace, Buffy s’octroie une pause « fornication » avec Spike (toujours partant, le bougre). Pareillement, dans As you Were (6x15) Buffy doit gérer une situation difficile. Elle rencontre son ex-petit ami Riley. Tout semble parfait dans sa vie : un travail passionnant, une vie de couple écoeurante de bonheur… Cette image d’une vie parfaite et épanouie la renvoie à son propre échec, sa médiocrité, sa déchéance. De plus, c’est un peu l’image de ce qu’elle a raté avec Riley (à cause d’un malentendu stupide) : le couple uni, combattant ensemble les forces du mal. Une blessure à l’ego qui s’ajoute à une liste déjà fort longue. Pour oublier un moment, juste un moment, Buffy s’étend dans le lit de Spike. En couchant avec Spike, elle cherche l’anéantissement dans l’orgasme. Au moment ultime du plaisir, plus rien n’existe, tous les soucis disparaissent. Faute du paradis et de la mort, Buffy se contente de la « petite mort », lorsque le désir d’en finir devient trop étouffant. Bref, le sexe fait office de sortie de secours, de fuite hors du réel. Buffy devient alors accroc à ces moments de fuites. Le sexe lui apporte les rares moments de paix intérieure qu’elle recherche tant. On pourrait se demander pourquoi Buffy rompt avec Spike à la fin de « As you Were » (6x15). Après tout, il n’y a aucun mal à se faire du bien. Mais l’addiction de Buffy comporte un certain nombre de conséquences négatives. Comme elle le dit à Spike au moment de la rupture : «
Être avec toi... Ça simplifie les choses. Pendant un petit moment. […] Je me sers de toi. Je ne peux pas t'aimer. Je suis juste faible et égoïste. Et ça me détruit. Il faut que je sois forte. Je suis désolée, William. »
Cette réplique résume bien toute la problématique. Une explication de textes s’impose. Pourquoi d’agréables coucheries « détruiraient » Buffy ? Qu’y a-t-il donc de si néfaste là-dedans ? Buffy constate qu’elle utilise Spike. C'est-à-dire qu’elle l’utilise comme un objet sexuel. Spike est un être sans âme, une créature de la nuit, pas tout à fait un individu à part entière. Juste une « chose » comme Buffy le soulignera à plusieurs reprises (6x13 : dead things, notamment). Pour trouver un équivalent dans notre réalité, c’est un peu comme si Buffy avait des relations sexuelles avec un berger allemand. Ou un labrador. Buffy la zoophile ! Bon, n’exagérons rien. Ce qu’il importe de souligner, c’est qu’il s’agit d’une relation sexuelle sans altérité. Un peu comme la masturbation. Spike fait office de godemiché géant, mais il n’y a aucune espèce de relation entre eux. Bref, Buffy jouit d’un plaisir égoïste qui ne se construit pas à deux. Elle se sert de Spike comme d’un vulgaire instrument pour atteindre l’orgasme. Cette situation conduit Buffy à la perversité ; elle en vient même à forniquer sous le nez de ses amis, dans un lieu public (le bronze). En effet, cette sexualité étant fermée sur elle-même, Buffy a besoin de la perversion pour éprouver des sensations toujours plus fortes. C’est un cercle vicieux. Dans notre réalité, les vampires n’existant pas, cela reviendrait à se complaire dans la masturbation, en regardant des pornos de plus en plus violents et pervers. Une sexualité à part, autarcique, qui fait l’économie de la relation.

Cette situation renvoie à Buffy une image dégradée de sa personne. Elle se sent faible, égoïste ; bref, pleine de mépris pour elle-même. Elle l’exprimera bien clairement, après leur première nuit de sexe dans « Wrecked » (6x10) : «
La seule chose qui ait changé, c’est que, maintenant, je me dégoûte. Voilà les effets de tes charmes. La nuit dernière a été la plus perverse et la plus dégradante de toute ma vie. »