Aujourd'hui, les
Dossiers du net, qui mettent en avant des
dossiers écrits par les lecteurs de dvdrama donnent la parole à Locktal, qui rend hommage au
Inferno de Dario Argento.
Inferno (1980) est le deuxième volet d’un triptyque que Dario Argento, réalisateur du célèbre
Les frissons de l’angoisse (
Profondo rosso,1975), grand spécialiste du giallo transalpin, a voulu consacrer à ce qu’il nomme
Les Trois Mères et dont le premier volet était le génial
Suspiria qu’il a réalisé en 1977. Pour Argento, le monde est régi par des forces supérieures néfastes, représentées par
Mater Suspiriorum (la
Mère des Soupirs, apparue dans
Suspiria),
Mater Tenebrarum (la
Mère des Ténèbres, qui apparaît dans
Inferno) et
Mater Lacrimorum (la
Mère des Larmes, qui devrait apparaître dans le troisième volet, pas encore tourné à ce jour), puissantes sorcières réunies sous le nom générique des
Trois Mères.
Après
Suspiria, Argento fait donc une deuxième incursion dans le domaine du fantastique, mais la forme reste apparentée à l’univers du giallo (dont le grand Mario Bava est l’instigateur).
Inferno narre en fait les pérégrinations de quelques personnes qui vont tenter de démontrer qu’un immeuble new-yorkais est sous l’emprise de
Mater Tenebrarum, la
Mère des Ténèbres qui est censée être la plus cruelle des
Trois Mères. Mais la mort les frappe tour à tour, au fur et à mesure de leurs découvertes…
Film surprenant,
Inferno n’adopte pas une narration classique. L’intrigue, alambiquée et assez peu compréhensible, n’est qu’un prétexte. Dès le début du film, Argento ne définit pas un héros auquel le spectateur pourrait s’identifier. Il suit simplement le cheminement de quelques personnes soupçonnant l’existence d’une force supérieure et qui vont essayer de la découvrir. Film sans héros,
Inferno déroute et déstabilise le spectateur. Argento dépeint un monde nimbé de mystères et de secrets inavouables, peuplé de signes à déchiffrer. Une terreur diffuse s’installe, d’autant plus effrayante que dénuée d’explication logique.
Les éclairages multicolores du film, saisissants, obtenus visiblement à partir de filtres bleus, verts, rouges et jaunes, ne font que renforcer l’existence d’un autre monde, fantomatique et onirique, dissimulé sous les oripeaux du monde soi-disant réel, et contribuent au climat d’étrangeté du film. Les plans de l’immeuble maudit où habite Rose (Irene Miracle) sont à ce titre impressionnants, beaux et inquiétants à la fois. Comme le dit d’ailleurs l’antiquaire Kazanian (Sacha Pitoeff) au début du film à Rose : "
Notre monde est gouverné par les morts".