Par Elegolasses - publié le 20 janvier 2006 à 06h02 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h45 - 0 commentaire(s)
Dans Il faut sauver le soldat Ryan, la violence est avant tout graphique, spécialement la première partie du film qui retrace le débarquement en Normandie sur la plage d’Omaha Beach (qui fut la plus meurtrière des plages du débarquement). En effet, tout y passe. Le soldat entraîné par la lourdeur de ses armes dans le fond de la mer (se noyant donc), les têtes transpercées avec giclées de sang sur la caméra, les soldats flottant dans une mer devenant rouge (de sang), le soldat blessé traîné sur la plage qui arrive à l’arrivée sans jambes ni bassin, le soldat qui perd son bras et le ramasse comme si de rien n’était, le soldat mort qui sert de protection, le soldat qui retire son casque pour constater l’impact de balle et qui se fait tirer dessus, les soldats au lance-flamme qui leur explose dessus, bref : la première partie est un véritable étalage de gore. Cette violence, Spielberg l’a voulue brute, sèche, sans concession. Spielberg voulait faire « sentir l’odeur de la guerre au spectateur ». Ce qui choque ça n’est pas tant la violence graphique des effets gore, ce qui choque c’est de voir ces hommes au milieu de tout ça, qui se sont fait à cette violence. Lorsque Tom Hanks retourne le cadavre du radio et qu’il voit son visage totalement enfoncé, il paraît juste irrité (il va devoir faire le boulot lui-même) alors qu’il a en face de lui l’effet gore le plus choquant du film. La violence sert ici aussi à montrer l’état d’esprit de haine dans lequel les soldats sont transformés. Plus de compassion, plus de pitié, les allemands se rendant y passent tous ou presque, et ceux qui brûlent restent là à souffrir, car quelques imbéciles crient aux soldats de les laisser brûler. La violence sert à amener le spectateur à comprendre à quel point la guerre détruit les hommes, les transforme en bête, bien loin de l’image du cow-boy solitaire sans peur et sans reproche défenseur de la veuve et de l’orphelin.



Formellement, les trois films marquent des évolutions.
Dans L’empire du soleil, les couleurs sont vives et claires, les explosions, le soleil, le ciel, le désert, tout est très coloré, ce qui va avec le ton résolument optimiste du film malgré son final pessimiste (le film n’est qu’une vision de l’enfant de la guerre). La réalisation y est « classique » (si l’on peut dire), sans effets particulièrement novateurs. La fin, plus « morose » est moins saturée, les tons sont plus fades, plus clairs, virant vers le gris.

Dans La liste de Schindler, on a carrément du noir & blanc total. Seules deux touches de couleurs (exception faite de l’épilogue) opposées dans leur sens : le manteau de la petite fille pour l’horreur, la flamme de la bougie pour l’espoir. Filmé à la manière d’un documentaire pour une approche plutôt crue de la chose, pour ne laisser que le moins de doute possible quant à son authenticité, le réalisateur s’efface pour ne laisser place qu’à l’horreur.

Dans Il faut sauver le soldat Ryan, on trouve un équilibrage entre les deux précédents films – au niveau des couleurs – avec une dé-saturation des couleurs. Pour la réalisation, il s’agit d’un extrême de La liste de Schindler. Filmant quasiment l’intégralité de ses scènes caméra à l’épaule, mais pas du simple épaule tremblotant légèrement, non, du bon gros tremblement qui fait que l’on ne voit plus grand-chose, ça associé à une vitesse d’obturateur élevée (les images sont prises dans un laps de temps plus court, c’est particulièrement visible lorsque ça bouge – soit tout le temps) donne une sensation d’être sur le qui-vive en permanence, d’être au cœur du combat pour ainsi dire (la bande-son restituant le moindre éclat et la moindre balle sifflant autour de nous aide aussi beaucoup). L’espoir n’est ici pas signifié par un effet de style comme sur les deux autres films, mais par le simple fait que dés le début, on sait qu’il s’agit d’un évènement passé (le film commençant à notre époque avant de basculer dans l’action du film en lui-même), certes un évènement dur dont il faut se souvenir et dont il faut tirer des leçons pour le « plus jamais ça », mais un évènement passé quand même, laissant espérer des jours meilleurs.



On remarquera une petite curiosité dans la filmographie de Spielberg. Tendant toujours à faire du divertissement pur (qui vient aussi, après l’échec au BO de Sugarland express, de sa peur bleue du bide commercial), il se mettra à des sujets bien plus sombres et engagés après avoir fait ces films majeurs de son œuvre (pour le meilleur ou pour le pire, dans le désordre : Minority Report, Le Terminal, Amistad, La couleur pourpre, A.I., La guerre des mondes,…). Il semble donc évident que Spielberg est un cinéaste qui avait des choses à dire, qui avait son point de vue à donner sur des évènements qui le tenaient à cœur. Evidemment, après chacun pense de ces films ce qu’il veut (il est facile de critiquer les trois films que j’ai analysés en ré-utilisant mes arguments), mais Spielberg est, un peu à la manière d’Oliver Stone (en bien moins brut et direct quand même), un cinéaste engagé. Toujours dans ses films naissent l’optimisme (excepté La guerre des mondes dont la fin est d’un pessimisme (humainement parlant) sans égal dans la filmographie de Spielbou) et l’espérance. Car Spielberg croit encore (ou veut croire) en l’espèce humaine, à l’inverse d’autres cinéastes extrêmement pessimistes sur celle-ci. Spielberg est un réalisateur qui semble avoir perdu son âme d’enfant en même temps qu’il a fait partager au monde entier son point de vue sur la période la plus noire de l’humanité.

Voilà, je crois que j’ai dit tout ce que j’avais à dire, et merci d’avoir lu jusqu’au bout (si vous n’avez pas sautés directement à la conclusion ;) ).

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