Les dossiers du net des lecteurs de dvdrama donnent la parole à Dimbra pour une analyse du diptyque
Underworld.
UnderworldCritique Film américain de 2002. 2h10. Réalisé par Len Wiseman ; avec Kate Beckinsale, Scott Speedman, Bill Nighy, Michael Sheen.Depuis les toutes premières œuvres cinématographiques, le film fantastique inspiré de la tradition horrifique a trouvé son public et un respect en tant que famille créatrice à part entière, avec très tôt des pièces fondatrices parmi lesquelles
>La Belle et la Bête de Cocteau ou
Nosferatu de Murnau. Beaucoup y voient même l’une des catégories les plus nobles pour l’onirisme et le symbolisme qu’elle offre. Plus particulièrement, à partir des années quatre-vingt dix et des œuvres telles que
The Crow et
Dark City de Proyas ou
Matrix des Wachowski, qui prometteuses mais embryonnaires pour les unes, superbement abouties pour les autres, se sont toutes affirmées comme hautement influentes, le genre a brusquement tendu vers une approche plus terne, plus belle, plus intelligente, mais presque entièrement départie de poésie. Cette nouvelle génération artistique plus métallique n’a pas plus peiné à s’emparer de la considération qu’elle mérite, mais le regard qui lui est accordé semble plus sévère, soigneusement attentif à ce qu’elle use sérieusement de son potentiel esthétique (toujours), mythologique et/ou philosophique (parfois). Se distinguant profondément de la plupart de ses congénères (
Van Helsing) et bien plus abouti que certains de ses géniteurs (
Blade),
Underworld répond parfaitement à ces critères. Fort d’un univers gothique sublime, le film se démarque surtout de par sa sobriété, son calme et sa mysticité. Le tout joint à un scénario sans fond mais par-dessus tout élégamment travaillé, reflétant la volonté de proposer une véritable légende, et ce qui se présente à nous n’est rien moins qu’une pièce artistique tout à fait remarquable.
Len Wiseman, jusque là concepteur d’effets spéciaux délégué auprès de Roland Emmerich (autrement dit responsable de ce que
Stargate, Independence Day et
Godzilla ont de moins ridicule), se montre bien plus brillant que ses ex-collègues en ce qui concerne la recherche et la mise en œuvre de l’image. L’introduction, véritable merveille gothique où Sélène, notre vampire, expose le contexte de l’histoire, immobile comme une sculpture greffée à la cathédrale sur laquelle elle se tient, le prouve immédiatement. La rigueur est impressionnante. Chaque plan est construit comme une architecture à part entière. Les cadres, choisis avec une intelligence véritable, parviennent à exposer sous des angles successifs variés cet ange noir autour duquel on nous fait dangereusement, vertigineusement errer. La disposition des éléments dans le cadre, symétrique, géométrique, est imbue du classicisme des peintures de la Renaissance. Le meilleur exemple reste à ce titre le plan de profil sur Sélène surplombant une ville germanique sombre aux monuments magnifiques. À lui seul, le parallélisme inclue déjà le personnage dans le prolongement de la pierre. À la gauche de l’écran, les stries des colonnes de la cathédrale peignent huit lignes lumineuses verticales, aussitôt suivies de deux autres, décrites par la main droite et le bras gauche du vampire. Au second plan, pas moins de cinq tours s’élèvent, perpétuant ce parallélisme dans le côté gauche de l’image. Bien entendu, la pluie est ajoutée dans le même but. La perspective naît somptueusement de l’organisation symétrique organisée autour d’une route de lumière centrée en arrière plan. L’horizon est constitué de minuscules points lumineux, et son intersection avec la route organise toute la profondeur du champ. Le rebord de la corniche décrit précisément le même angle par rapport à l’axe vertical central que la ligne de liaison entre les sommets des trois plus petites tours de droite, légèrement plus illuminées que le reste des bâtiments. Et pour former le motif cruciforme diagonal qui donne à l’image tant d’étendue, les droites définies par les épaules et la poitrine de Sélène à gauche, et par les deux grandes tours à droite, sont les exacts symétriques des deux premières lignes de profondeur par rapport à l’axe d’horizon. Mais la femme doit aussi se remarquer dans son environnement. C’est pourquoi elle dessine une courbe tout à fait opposée à cette perspective, formant un triangle ouvert à droite et défini par son manteau, son bras droit et son visage. Ajoutée à cela une quasi imperceptible rotation indirecte de la caméra et cette ligne dorsale du personnage ne semble plus soutenue que par celle, perpendiculaire, de la jambe droite, d’où la sensation de vertige. La minutie, l’organisation pour un seul plan sont déjà saisissantes. Mais ce qui est le plus majestueux -et c’est bien pour cela qu’analyser précisément un plan se révèle intéressant- c’est que
Underworld conserve plus ou moins ces impératifs pour chacune des images dont il est fait. Autant dire qu’esthétiquement, la réussite est éclatante.