A Chicago, une femme désabusée (Helen Lyle), regard grave et étrangement triste, clope à la main, écoute les confessions de jeunes gens qui évoquent avec complaisance la légende urbaine de Candyman, croque-mitaine qui trucide des anonymes avec un crochet planté à l'extrémité de son bras gauche. Et pour cause, elle écrit avec une amie une thèse sur les légendes urbaines. Au gré de son enquête, elle cherche à se renseigner sur Candyman en allant sur les lieux du crime dans les zones interlopes et donc peu fréquentables de Cabrini Green. Lors d'un dîner, elle apprend qu'il s'agit d'un esclave doublé d'un artiste assassiné un siècle auparavant. Il réapparaît de temps en temps tel un esprit maléfique pour punir ceux qui restent sceptiques à son existence et continuer à hanter les cauchemars. Un peu comme une métaphore sociale pour souligner le joug du passé pesant comme une culpabilité. L'ambition de Helen est alors simple: démystifier une croyance populaire et décortiquer ainsi le mécanisme de la peur. Selon la rumeur, il suffit de prononcer "Candyman" devant un miroir à cinq reprises pour qu'il apparaisse. A l’occasion de cette cérémonie sucrée des morts, retour sur le film idéal pour une telle fête:
Candyman, de Bernard Rose, tiré de
Lieux Interdits (The Forbidden), une nouvelle de Clive Barker extraite du tome 5 de sa série des
Livres de Sang qui fonctionne encore aujourd’hui. Tony Todd en boogeyman vindicatif et surtout Virginia Madsen en ange déchu incarnent les amants sacrifiés de cette parabole sur la peur sociale. Résultat: le meilleur film d’horreur des années 90. Un requiem d'une puissance émotionnelle et élégiaque rarissime dans le cinéma d'horreur. Questions: comment Rose a réussi? Comment a-t-il rebondi? Qu’est-il devenu? Pourquoi on s’en souvient? Pourquoi la bande-son plonge davantage dans la mélancolie pure que dans un état de panique? Est-ce qu'il faut redécouvrir d'autres curiosités en cette période angoissée? Les réponses ci-dessous.