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Dossier Halloween : spécial Candyman [page 4]

Par - publié le 10 février 2009 à 18h04 ,
MAJ le 19 février 2010 à 18h09 - 0 commentaire(s)
FAIRE UN FILM QUI ANALYSE LES PHENOMENES DE PEUR AVANT DE FAIRE PEUR (SANS CYNISME)
Sans qu'à aucun moment la dimension sociale vienne prendre le pas sur le ressort fantastique, Candyman dessine une authentique parabole sur une société dominée par l'inconfort, les préjugés et plus globalement la peur. Mais, paradoxalement, ce qu'il semble sous-tendre, c'est que la peur, moyen comme un autre de manipuler les masses, est un élément indispensable: c'est une sensation voluptueuse pour deux adolescents qui se touchent pendant qu'ils prononcent le serment de Candyman (Rose laisse entrevoir la piste selon laquelle la peur et le désir sexuel sont étroitement liés) ou même pour nous, en tant que spectateurs, puisqu'on prend un plaisir malignement coupable à regarder un film qui fait peur.

DEMONTRER QUE VOUS SAVEZ FAIRE PEUR DANS VOTRE FILM PRECEDENT
Dans Paperhouse, le film qu’il a réalisé juste avant Candyman, Bernard Rose, venu de l'univers du clip (à l’époque, il était connu pour avoir réalisé une version très hot du clip Relax de Frankie goes to Hollywood), oscille sans armada d’effets spéciaux entre délires oniriques et parenthèses âprement réalistes et en dit long sur la solitude d’une enfant pas neuneu ni foncièrement sympathique, désarmée face à ses démons. Il invite à considérer avec plus d’attention les maux de l’enfance et les traumas qui en résultent – et qui peuvent pourrir une vie par le futur. La réussite du film réside dans son humilité, sa paradoxale simplicité, sa propension divine à mettre sa réelle virtuosité au service de son histoire substantielle, sa faculté à tutoyer différents registres sans crier gare et fonctionne à la manière des montagnes russes: avec des montées d’émotion inattendues, de tristesse (ça stimule un chouia l’affect lacrymal – cf. l’apaisement final où les parents embrassent et serrent de toutes leurs forces leur progéniture anxieuse) comme de peur (ça glace aussi l’échine – cf. les séquences flippantes avec le père métamorphosé en croque-mitaine aveugle bestial). Dans Paperhouse, il fait en sorte que l’on ressente la solitude et l’ennui de la jeune Anna, même jusque dans ses rêves, (des)incarnés. Dans Candyman, il travaille la même dimension subjective: on ressent la trouille au ventre et le désespoir du personnage principal.


(NE PAS) DISPARAITRE DE LA CIRCULATION
Que ce soit avec Candyman ou le présent Paperhouse, Bernard Rose a composé deux films fantastiques qui, paradoxalement, prennent de la valeur et de l’intensité au fil des visionnages. Comme si on avait jadis oublié de souligner à quel point ils étaient beaux et puissants. Est-ce l’émotion de redécouvrir la si subtile Virginia Madsen? Est-ce l’impression délicieuse de revoir un film généreux et enthousiasmant au-delà des attentes? Les deux vieillissent très bien, sans doute parce que leurs discours restent éminemment modernes et leurs ambiances, extrêmement inquiétantes. Bernard Rose n’a pas daigné retoucher au fantastique et signe désormais des films indignes (Snuff Movie). La question reste en suspens: comment se fait-il qu’il ait abandonné l’horreur – registre dans lequel il excellait – pour aller par la suite vers des projets mainstream calibrés? Genre qui n'était pas à la mode ou dans lequel il n'était pas bien vu de se hasarder? Soif de reconnaissance?

LE CLIP LE PLUS CONNU DE BERNARD ROSE: FRANKIE GOES TO HOLLYWOOD: RELAX (VERSION BANNED).
Pour réaliser ce clip, Bernard Rose a certainement dû voir Cruising, de William Friedkin.

ENQUETE HALLOWEEN: COMMENT CHOISIR LE BON BOOGEYMAN: VINTAGE OU NEW?
Pour donner consistance à son boogeyman, Bernard Rose a utilisé une mythologie marquante en l’inscrivant dans un contexte très réaliste. Ce n’est pas le premier, ni le dernier.

Pour faire simple, le Boogeyman est l’équivalent français du Croque-mitaine. Un monstre dont on parle aux enfants pour leur faire peur et les envoyer au lit. Selon certains, il serait à l'origine un loup-garou. Il est supposé se dissimuler de préférence dans les lieux sombres et fermés comme sous un lit, dans un placard ou dans une cave. Depuis, c’est devenu une figure illustre du slasher movie où un détraqué masqué s’acharne contre de pauvres adolescents en détresse. Ceux-là même qui apprennent à passer à l’âge adulte. Comme l'ogre, le croquemitaine se doit d'éveiller la méfiance des enfants afin de les rendre plus dociles. Les trois grandes figures du boogeyman au cinéma se prénomment Michael Myers, Freddy Krueger (dans la série du même nom et incarné par l’inénarrable Robert Englund) et Jason Voorhees pour trois films cultes : les respectifs Halloween, la nuit des masques, Griffes de la nuit et Vendredi 13. Soient un frère timbré qui a subi un lourd trauma, un cramé dont les griffes sont des lames de rasoir qui vient hanter les rêves d’adolescents et un débile castré par sa maman qui zigouille sans réfléchir tous les quidams qui croisent son chemin. Si on considère que le boogeyman est une variation autour du grand méchant loup, un personnage mystérieux et inquiétant issu des contes, est-ce que La nuit du chasseur peut être considéré comme l’un des premiers films de boogeyman? Les méchants des Vendredi 13 ou Scream sont des assassins, souvent masqués, qui tuent leurs victimes à l'arme blanche. Mais c’est essentiellement le sentiment d’angoisse ambiante et non la personnalité du tueur qui provoque la peur. Des contes modernes, comme la tétralogie d'Alien (au moins le premier Alien - Le huitième passager) ou la série des Dents de la mer recherchent l’effet inverse. Dans ces cas précis, la peur qu'il engendre vient de son caractère monstrueux et bestial. Le spectateur de ces films adopte le point de vue d'un enfant désarmé que les évènements dépassent, face à un ennemi physiquement plus grand et plus fort que lui. La nuit du chasseur, de Charles Laughton, propose un boogeyman à visage humain que l’on retrouvera par exemple dans des déclinaisons futures comme L’autre rive, de David Gordon Green. A l’époque, Laughton voulait supprimer toute notion de réalisme pour organiser les images sublimes d’un cauchemar éveillé. Composé de figures religieuses, de personnages sortis de contes, amplifiés par des jeux d’ombres et de lumières, le film propose l’un des premiers boogeymans : un croquemitaine annoncé par son ombre et un thème musical propre. Son habit de prêcheur est un leurre: il s’agit du diable en personne. L’enfer devient alors un pavé de bonnes intentions. Quelques années plus tard, le premier volet de la série Halloween a permis la découverte de Jamie Lee Curtis, estampillée Scream Queen de John Carpenter (qui selon les rumeurs incarnait lui-même par intermittences le tueur sous le masque dans son film). Mais aussi d’un tueur inhumain qui traque des ados pendant la fête d’Halloween. Le classique absolu du film de boogeyman récemment retouché par Rob Zombie. Autres temps, autres genres: dans Jeu d’enfant, de Tom Holland, on découvre un boogeyman de genre spécial: une poupée hantée par l’esprit d’un tueur en série. La différence avec les autres, c’est que le propos repose sur un second degré assuré et des accents humoristiques qui invitent à la distanciation (en écho à la poupée, image innocente, qui commet des actes regrettables). Identiquement, dans Ca (Il est revenu), de Tommy Lee Wallace, avec dans l'un des rôles principaux le regretté Jonathan Brandis et Emily - Ginger Snaps - Perkins, le clown de Stephen King est incarné pour les besoins de l’épatant téléfilm par Tim Curry, revenu de son Rocky Horror Picture Show. Son regard maléfique suffit à contraster avec son visage. Dans Leprechaun, un lutin devient un dangereux criminel quand on lui vole ses pièces d'or. Rien n’est plus effrayant que les oxymores. Clive Barker aurait certainement son mot à dire sur les boogeyman avec son Hellraiser qui après un premier volet très sérieux lorgne de plus en plus vers la parodie volontariste (même chose avec Freddy et ce dès un second volet aux propos pour le moins ambigus). Mais la meilleure illustration récente du genre demeure Jeepers Creepers qui reposait sur des éléments classiques et traitait son histoire au premier degré. Tous les 23 ans, une créature maléfique surgie des profondeurs de la Terre, prend son envol et, durant 23 jours, sème la terreur et la mort. Son nom : le Creeper. Le miraculé Victor Salva (elle est loin l’époque de Powder) signe une série B très estimable qui, avec des moyens simples et économiques, use avec parcimonie des vertus de l’allusion et triture malignement les poncifs du genre. Le résultat est tellement enthousiasmant qu’il a marqué un tournant dans la production horrifique. Depuis, difficile de trouver un boogeyman qui ait une aussi fière allure.
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