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Dossier John Waters, Les Dvd [page 4]

Par - publié le 06 mars 2006 à 05h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h49 - 0 commentaire(s)
Selon Waters, on peut rire de tout et surtout de ce qui n'est pas drôle. Cry baby est une version dépoussiérée de Romeo et Juliette à la sauce West Side Story, avec en guest-star Iggy Pop qui booste la fête. Le pope of Trash, pourfendeur de la scato attitude, signe ici son film le plus accessible avec un entrain très communicatif. Dans Cry Baby, une fille issue de la haute bourgeoise ne peut se résoudre à tomber amoureuse d'un jeune délinquant qui a la larme facile. Au lieu d'ergoter sur ce clivage social manichéen, on préfère le chanter. John a toujours rêvé de faire un film interdit aux moins de 18 ans sans sexe ni violence, avec si possible la musique la plus hideuse et des hétérosexuels qui se suicident parce qu'ils n'ont pas la chance d'être homosexuels (ça renvoie au dialogue avec Edith Massey dans Female Trouble où elle veut que son enfant soit homosexuel), mais il s'est contenté de faire Cry Baby, parodie bon enfant, aux relents potaches, qui dynamite les codes d'un genre : la comédie musicale, souvent vouée au canevas les plus basiques. En surface, il n'y a aucune tromperie sur la marchandise : le synopsis est d'une simplicité exemplaire. La ville de Baltimore se voit scindée en deux groupes : les " Squares ", jeunes bourgeois "cul serrés", et les "Drapes", délinquants juvéniles, marginaux et révoltés. Mais bientôt la ville va se retrouvée sans dessus dessous : Cry Baby (Johnny Depp) tombe amoureux d'Allison. Après l'avoir enlevé, il se voit envoyé en centre de redressement et très vite il va découvrir les tragiques extrémités auxquelles la passion peut conduire.


Cry Baby

Cette fois, la grande curiosité du film est de retrouver Johnny Depp sous l'égide d'un John Waters qui s'amuse à égratigner son image de beau gosse lisse façon sitcom (21 Jump Street)Burton fera plus tard des miracles avec le merveilleux Edward aux mains d'argent. Son personnage éponyme est typiquement dans la lignée des antihéros comme Waters aime à les façonner. Dans Cry Baby, Johnny incarne un rebelle qui masque sous son apparente rebelle attitude une sensibilité qui lui crève le cœur.


Cry Baby

Comme dans Female Trouble et Serial Mother plus tard, on retrouve un passage de prédilection chez le cinéaste : la scène de procès. Comme dans tous les Waters, on retrouve le même schéma binaire sur fond d'ostracisme social avec d'un côté les conformistes et de l'autre les marginaux. Les numéros de comédie musicale sont souvent réussis et parfois mémorables comme celui dans la prison. Les personnages sont résolument fâchés avec les normes et plaident ouvertement pour l'hédonisme. Ce qui est intéressant, c'est de constater à quel point le film bénéficie de différents niveaux de lecture. Certains spectateurs ont été tentés de n'y voir qu'une comédie musicale inoffensive qui surfe sur le modèle de Grease avec de grands clins d'yeux parodiques lancés en direction de La Fureur de vivre de Nicholas Rey. Pourtant, s'il s'agit certes du film le moins sulfureux dans la filmographie de Waters, il n'en reste pas moins que certains détails subversifs ne trompent pas, comme lorsque les délinquants sont sur la pelouse avec leur petite amie sur le point de passer la vitesse supérieure. Le personnage de Hatchet-Face (délit-de-faciès) témoigne de la détermination du cinéaste à court-circuiter les codes d'un genre qu'il fait mine de respecter avec une candeur parfois déconcertante. Le résultat est léger et drôle mais demeure le film le plus accessible d'un cinéaste qu'on a connu nettement plus méchant et provocateur. On peut préférer Pink Flamingos.
Day break : Serial Mother (1994) marque six années d'absence pour le réalisateur (sans sa muse, on n'est plus rien - on y revient plus bas) et demeure singulièrement comme l'un de ses summums. Waters met en scène l'histoire (vraie) de Beverly Sutphin, une mère de famille qui aime ses enfants mais mène une double-vie : elle est également serial-killeuse. Non content de casser l'image de la vamp Kathleen Turner (sublimissime dans les inoubliables Fièvre au corps et Crimes of passion), John pervertit l'image dans la gentille famille ricaine. Problème : la maman zigouille le prof de maths qui est un con mais ne méritait pas de mourir (et qui en plus mâche un chewing-gum), le petit ami de la fifille (Ricky Lake, habituée de la maison dernière période) qui s'exhibe avec une autre demoiselle… et accessoirement envoie des appels téléphoniques anonymes (hum hum) à la voisine d'en face (cette pauvre Dotty Hinckle – incarnée par Mink Stole, décidément) sous prétexte qu'elle lui a piquée sa place de parking. Le film se termine dans une longue scène de tribunal complètement insolite où la serial mother deviendra une héroïne adulée... par Suzanne Somers. On passera bien entendu, pour la décence, sur les dialogues des engueulades téléphoniques qui donnent quelque chose comme "vas te rincer la gueule sous le robinet, vieille pute", "radasse, pouffiasse, va te faire enculer, sac à foutre" et autres "sale suceuse" que Kathleen prononce sans rougir et assume parfaitement. Kathleen, revue l'an passé au festival de Cannes et qu'on aimerait revoir plus souvent au cinéma, pas que dans des rôles dramatiques à la Virgin Suicides, merci.
En même temps que Serial Mother constitue l'un des chefs-d'œuvre de John Waters (parce que c'est sans conteste ce qu'il a fait de plus abouti), il a marqué un tournant dans la carrière du cinéaste, moins prolixe, moins inspiré aussi, sans doute suite au décès de son ami Divine en 1988. Son dernier A dirty Shame est hanté par son spectre. La phrase que les personnages ne cessent de répéter pendant tout le film est "let's go sexing" (traduction : "allons baiser"). Preuve ultime que l'esprit de Divine hante toujours John Waters. Ou comment faire revivre une icône disparue et aimée à travers un film survolté et indécent. Et si A dirty shame était la plus belle déclaration d'amour de Waters à Divine ? Et si c'était un film romantique ? Oui, sans doute. Mais également une comédie hilarante qui procure le plaisir sain et simple de jouir d'une pelloche en toute tranquillité.
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