Par Elodie Leroy - publié le 14 décembre 2005 à 03h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h42 - 0 commentaire(s)
Revenons à L'Île. Les hommes séjournent dans des bungalows fixes séparés les uns des autres mais reliés par de l'eau, une eau calme et silencieuse, à l'image de cette aubergiste muette mais observatrice qui assure le lien entre ces mondes séparés. Tout comme dans Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps, le criminel (interprété par Cho Jae-Hyun, décidément un "bad guy") est à la recherche d'une certaine rédemption au contact de l'eau, qui incarne l'élément Féminin. Mais ici, l'homme a l'intention de se suicider et l'eau qu'il a choisie comme tombeau évoque alors irrésistiblement le liquide amniotique. Cet homme meurtri par la vie fait un véritable retour aux sources. Cet univers sensuel et liquide est son refuge et il va progressivement prendre du recul vis-à-vis de son acte. Logé mais aussi nourri au milieu de cette eau, il est en quelque sorte revenu à un état primaire. Lorsque la jeune femme l'emmène dans les buissons isolés, on pense inévitablement au sexe féminin, comme si l'homme était sur le point de revenir dans le ventre de sa mère par le même chemin que celui qu'il avait emprunté pour en sortir à l'aube de sa vie.


L'ÎLE

D'autre part, certains plans sur le décor de L'Île évoquent les peintures classiques chinoises (qui ont d'ailleurs inspiré la peinture classique coréenne), la peinture de paysage se nommant d'ailleurs en chinois shanshui (montagne et eau). Après tout, Kim Ki-Duk est aussi peintre en plus d'être cinéaste, et si ses inspirations renvoient parfois au christianisme dans Samaria (le réalisateur a envisagé de devenir prêtre dans le passé), elles empruntent aussi au bouddhisme et au taoïsme, ce qui est bien sûr évident dans Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps. Dans L'Île, la présence de la brume blanche sur certains plans d'ensemble fait penser aux espaces "vides", par opposition aux espaces "pleins", à savoir les éléments visibles – on retrouve d'ailleurs cette brume dans Printemps, Eté, Automne, Hiver… et Printemps. Dans l'art oriental, le vide est représenté, contrairement à l'art occidental, mais il n'est pas synonyme de nihilisme. Au contraire puisque c'est de la vacuité que naît la plénitude, permettant ainsi à l'esprit de s'élever au dessus du monde de la dualité (Yin / Yang). Une interprétation de la fin de L'Île consisterait à voir en la communion des deux jeunes gens, réunis dans la souffrance et le plaisir, une réconciliation des forces contraires, une fusion avec la Nature.


PRINTEMPS, ETE, AUTOMNE, HIVER … ET PRINTEMPS

En conclusion, il est certain que la dégradation physique et sexuelle des femmes par les hommes est un thème récurrent dans le cinéma de Kim Ki-Duk. Mais y voir un simple signe de misogynie serait fortement réducteur. Sans faire de ses personnages des saintes, puisqu'elles sont souvent tiraillées entre leur innocence et leur attirance vers ce qui est malsain, il semble que le réalisateur les place spirituellement presque au dessus des personnages masculins, ou du moins comme des êtres ayant un accès plus direct et plus naturel avec le spirituel.


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