Traffic Steven Soderbergh signait là un grand film sur la drogue et tous ses aspects. Du junky au trafiquant, des états complices aux policiers qui tentaient de combattre le fléau avec des moyens dérisoires et des hommes politiques chargés de la mission (finalement assez illusoire) d’organiser la résistance au trafic.
Avant
Syriana qui reprendra la formule (il est d’ailleurs réalisé par le scénariste de
Traffic), l’action se passe dans plusieurs pays. Le genre s’internationalise et s’enrichit d’ambiances de plus en plus hétéroclites (impression un tantinet trop appuyée par l’utilisation de filtres très démonstratifs, jaunes pour le Mexique, bleues pour la froideur américaine). Alors que des films comme
Short Cuts où
Magnolia étaient à l’échelle d’une ville ou d’une collectivité précise, le champ d’action s’élargit avec le sujet. Le film choral connaît une évolution majeure, encore reprise par Inarritu récemment avec Babel. Là, où en France, il se concentre souvent sur la vie d’une famille ou d’un microcosme (
La bûche ou
Fauteuils d’orchestre de Danièle Thompson), cette forme est aux Etats Unis et avec ce film en particulier privilégiée pour traiter des sujets d’actualité complexe ou des épisodes historiques d’envergure (comme c’est le cas pour
Bobby).
Ce qui frappe dans ce film c’est la précision avec laquelle il vous fait découvrir toutes les ramifications du trafic. Sans jugements à l’emporte pièce, sans raccourcis aisés ni archétypes, l’œuvre fait mouche parce qu’il refuse toute simplification. La seule droguée du film va par exemple à l’encontre d’une idée reçue, elle n’est ni paumée, ni marginale, elle a de bonnes notes, pas de foyer à problèmes, rien qui la pousse vers cet univers.