POLITIQUEMENT INCORRECT Outre les implications humaines, le film choral peut également revêtir de sérieux enjeux politiques. Cela peut passer par la métaphore ou plus brutalement par le réalisme cru. En Grande-Bretagne, dans
Raining Stones, Ken Loach profite du film choral pour pointer une nouvelle fois du doigt l’Angleterre libérale au début des années 90 en scrutant une poignée de quidams qui ne doivent plus se contenter de vivre mais de survivre. A l’autre bout du monde, en Corée du Sud, dans
Adresse Inconnue, Kim Ki-Duk dénonce les méfaits d’une militarisation forcée de la société à grand renfort de personnages brisés, de symboles poétiques et de violences corporelles. De même qu’un Hong Sang-Soo parle de l’ennui qui ronge les sens et fait se correspondre des éléments dans sa trilogie minimaliste et Bressonienne
Le jour où le cochon est tombé dans le puits, Le pouvoir de la province de Kangwon et
La vierge mise à nu par ses prétendants.
En Autriche, Ulrich Seidl crache son venin sur ses contemporains à la manière clinique de Michael Haneke sans la démonstration théorique, avec plus d’instinct et de cynisme et édifie des séquences vignettes où pêle-mêle un homme couard dénonce une folle pour masquer son incompétence professionnel, une femme maso aime aller dans les boîtes échangistes et se faire fracasser la tête, une beauté se fait massacrer par son mec ultra jaloux et une bonne obèse fait des strip-tease orientaux à un vieux. Aux Etats-Unis enfin, de la même façon que Soderbergh court-circuite les règles usuelles de la narration et de la chronologie à travers un film choral
bigger than life, Stephen Gaghan a fomenté avec
Syriana un film choral qui sert à questionner les repères géopolitiques. Richement documenté, l’opus aborde le contexte du Moyen-Orient, zoome sur la conjoncture internationale et respecte malgré toutes les digressions des unités de lieu, de temps et d’action. Beau défi mais une nouvelle preuve surtout que le film choral attend de voir ses us et coutumes savamment triturés. A défaut d’apporter sa pierre révolutionnaire à l’édifice fictionnelle, le dernier
Bobby, d’Emilio Estevez possède les qualités et les défauts d’un film conventionnel avec quelques écarts hilarants (Ashton Kutcher), des confrontations dépressives (Sharon Stone et Demi Moore) et deux trois banalités noyées dans le flux manichéen (Christian Slater, authentique tête de con).
En réalité, il faut voir une volonté intègre de décrypter les mœurs sociales de l’époque et surtout une déclaration d’amour aux acteurs qui dans des emplois et contre-emplois certes pas aussi fouillés que chez Altman ou Anderson trouvent toujours un moyen de nous émouvoir par ce qu’ils nous révèlent d’intime.