L'IMPACT RETENTISSANT DE THE KING AND THE CLOWNS'il ne mettra pas fin à l'homophobie ambiante qui semble avoir la vie dure au Pays du Matin Calme, l'accueil reçu par
The King and the Clown représente peut-être l'indicateur d'un début de mouvement vers plus de tolérance, du moins à travers l'expression artistique. Le hasard a d'ailleurs voulu que le film sorte presque simultanément avec
Brokeback Mountain : le superbe western d'Ang Lee s'était alors trouvé en même temps que le métrage de Lee Jun-Ik au top 10 du box-office local. D'autres œuvres commencent déjà à suivre le mouvement, comme en témoigne le récent film choral romantique
My Lovely Week, belle réussite de Min Gyu-Dong dans lequel on trouve un personnage de père divorcé peinant à assumer ses orientations sexuelles, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux du jeune homme qu'il a embauché comme nounou pour son fils. Comme nous le savons, Min explorait déjà il y a quelques années la thématique de l'homosexualité à travers l'émouvant
Memento Mori. La société mettra du temps à évoluer mais le simple fait qu'il ne soit plus nécessaire dans un film grand public d'emprunter des chemins détournés pour évoquer un sujet représente déjà un pas non négligeable. Espérons que le reste suivra.
Comme il fallait s'y attendre, le triomphe de
The King and the Clown s'accompagne de celui de l'une de ses figures emblématiques : le jeune Lee Joon-Ki, interprète du clown efféminé Kong-il. Elevé du jour au lendemain au rang de star, le jeune acteur au visage androgyne a bien entendu déclenché un véritable phénomène auprès du public féminin – quoique, peut-être pas seulement. La popularité de Lee s'étend à présent dans toute l'Asie, ce qui lui vaut d'intéresser les producteurs japonais. Lee Joon-Ki partagera ainsi la vedette avec l'actrice japonaise Aoi Miyazaki (
Nana) dans la co-production coréenne-japonaise
First Snow de Han Sang-Hee, l'histoire d'amour entre un étudiant coréen et une lycéenne japonaise sur fond de drame familial. Issue des studios CJ Entertainment et Kadokawa Herald Pictures,
First Snow est aussi produit par la Guardtec, déjà productrice du long métrage dans lequel Lee Joon-Ki est apparu entre temps,
Fly, Daddy, Fly (Choi Jong-Tae), sorte de
Art of Fighting inversé puisque c'est cette fois l'étudiant qui apprend l'art du combat à un homme adulte.
Il est encore difficile d’estimer exactement quelles seront sur le long terme les retombées de l'immense succès domestique de
The King and the Clown sur l'industrie. Une chose est sûre, au vu de la tournure actuelle que prend le cinéma coréen, ce triomphe constitue une petite révolution en soi. Pour une fois, une œuvre à modeste budget, sans stars et qui plus est touchant des thématiques peu en vogue n'a pas besoin de passer par les festivals internationaux pour être reconnue et rencontre directement l'adhésion du public local. Une bonne leçon pour ceux qui placent tous leurs espoirs sur la politique marketing pour attirer le public dans les salles, un bel espoir pour ceux qui doivent faire le tour du monde pour obtenir l'estime qu'ils méritent. A l’heure où le nombre d’écrans alloués en Corée aux films d’auteur se réduit de manière vertigineuse au profit des blockbusters coréens ou américains, à l'heure où des cinéastes tels que Kim Ki-Duk parlent d'"exporter" leurs films dans leur propre pays, on ne peut que se réjouir de voir une œuvre telle que
The King and the Clown donner un coup de pied dans la fourmilière. Après le succès, les prix ont naturellement suivi pour
The King and the Clown : sept Grand Bell Awards 2006 dont celui du Meilleur Film, du Meilleur Réalisateur, du Meilleur Acteur dans un premier rôle (Gam Woo-Sung), du Meilleur Espoir Masculin (Lee Joon-Ki) ou encore du Meilleur Scénario (Choi Suk-Hwan). Le film a aussi obtenu deux récompenses au Paeksang Art Awards 2006 dont le Grand Prix de la compétition.
Récemment dévoilé en Grande Bretagne dans le cadre du Festival International de Londres,
The King and the Clown était aussi sélectionné parmi les films assurant l'ouverture du Festival International de Tokyo (21-29 octobre 2006), aux côtés du dernier Clint Eastwood,
Mémoires de nos Pères, et du dernier Yôji Yamada,
Love and Honor. Mais l'actualité qui suscite le plus grand suspense reste la candidature du long métrage de Lee Jun-Ik pour les nominations à l'Oscar du Meilleur Film Etranger. Face à lui, la Chine présente le dernier Zhang Yimou,
Curse of the Golden Flower (avec Gong Li et Chow Yun-Fat), tandis que Hong Kong tente sa chance avec
The Banquet de Feng Xiaogang (avec Daniel Wu et Zhou Xun), fresque dont les premiers échos sont toutefois plus que mitigés. Deux grosses productions en costume qui risquent de s'annuler l'une l'autre. Réponse le 23 janvier avec l'annonce des nominations, et avec un peu de chance le 25 février, jour de la cérémonie.
Il existe d'ores et déjà deux versions de
The King and the Clown, dont un montage destiné au public occidental. Avant de hurler contre le charcutage américain dont sont victimes nombre de productions asiatiques (on pleure encore pour
Wuji, massacré par des coupures béantes), il faut savoir que ce montage a été réalisé sciemment par les Coréens afin d'expliciter au public occidental le contexte historique qu'il n'est pas supposé connaître, et d'aller plus loin dans les suggestions amoureuses à travers 8 minutes supplémentaires (mais rien de plus après le fameux baiser !). Les deux versions sont disponibles dans le coffret 3 DVD sorti chez Cinema Service, petite merveille technique offrant une image d'une pureté et d'une profondeur stupéfiantes ainsi qu'un DTS avoisinant la perfection...
On souhaite surtout voir
The King and the Clown atteindre les salles obscures françaises. Il n'est pas interdit de rêver.