Etymologiquement, le "splat pack" est un terme dérivé de "rat pack", employé dans les années 50 pour rassembler les stars les plus populaires d’alors (Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Joey Bishop et Peter Lawford). Dans la bouche de Alan Jones, spécialiste américain du cinéma, il qualifie toute une nouvelle vague de réalisateurs spécialisés dans l’horreur et armés des plus féroces intentions. Rob Zombie, Darren Lynn Bousman, Neil Marshall, Greg McLean, Eli Roth et James Wan en font partie. Au-delà de ce que l’on pense de leurs travaux respectifs et au-delà des frontières, ils ont - ou avaient, pour certains - comme point commun d’œuvrer dans la boucherie sang-pour-sang gore avec des moyens limités et sans morale. Inconsciemment ou non, James Wan et son scénariste Leigh Whannell sont à l’origine de cette mouvance en proposant une alternative roborative aux slasher post-
Scream de plus en plus exsangues et en donnant ainsi un nouveau visage à l’horreur made in USA. Les cinéastes appartenant à ce collectif ont tous été biberonnés aux films de genre des années 70 et connaissent leurs John Carpenter et Tobe Hooper sur le bout des doigts. Certains se posent des questions sur cette nouvelle forme d’horreur qui repose sur la dégradation de l’autre et le sadisme en essayant de la relier à l’actualité brûlante. Il y a encore deux trois ans, leurs projets étaient suivis avec une monstrueuse attente. Aujourd’hui, qu’en est-il ? Est-ce que le "splat pack" représente l’avenir du cinéma de genre ou faut-il chercher de la nouveauté ailleurs ? Enquête.
Au début du nouveau millénaire, les remakes de films d'horreur ont le vent en poupe et la mode est à l'overdose crapoteuse comme en témoigne la relecture de
Massacre à la tronçonneuse par Marcus Nispel (qui pourrait rejoindre ce mouvement). En réalité, tout a commencé en 2004 avec la révélation
Saw, petit film fauché produit par Twisted Pictures, distribué par Lions Gate Films et réalisé par James Wan, jeune inconnu de 27 ans sorti de nulle part. Mais il a suffit d’un carton surprise au box-office US (18,3 millions de dollars de recettes à la fin de semaine d’Halloween) et surtout d’un retournement de situation final hallucinant (pochette surprise relancée par M. Night Shyamalan avec
Sixième Sens) pour bouleverser littéralement le genre. Rapidement, Lions Gate films s’est emparé du phénomène et a demandé à un autre inconnu, Darren Lynn Bousman, de mettre en scène les autres volets à un rythme effréné (un volet par an). Malgré une envie de respecter ce qui avait surpris les spectateurs du premier (tortures alambiquées, twist final), le phénomène tourne court et révèle bien vite ses limites. Le seul moyen pour relancer l’attraction ? Provoquer davantage en s’abîmant dans la surenchère crapoteuse.
Le troisième volet de
Saw, le plus violent de tous, lorgne vers l’horreur underground des années 80 en faisant toute sa publicité sur les scènes insoutenables qui attendent le spectateur patenté au tournant, dans la salle de cinéma. C’est du recyclage – le mot qui caractérise le mieux les œuvres du splat pack – mais qui passe mieux aujourd’hui parce qu’il est commercialisé et n’intéresse plus une poignée de cinéphiles déviants. En France,
Saw 3 a tellement marché qu’il a écopé d’une interdiction aux mineurs – alors que paradoxalement le film s’adresse avant tout aux teenagers – et reste l’épisode de la tétralogie qui a le mieux fonctionné au box-office.