Par Elodie Leroy - publié le 07 juin 2006 à 11h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h57 - 0 commentaire(s)
Une chose est sûre, le nom de Tony Ching Siu-Tung n'est pas aussi connu que ceux de Yuen Woo-Ping et Corey Yuen Kwai auprès du public international. La raison est simple : le chorégraphe et réalisateur ne s'est pas encore frotté aux grosses productions américaines. Pourtant, les œuvres Histoires de Fantômes Chinois, Shaolin Soccer ou encore Hero bénéficient véritablement d'une aura internationale.


LES 14 AMAZONES, de Chen Kang

Formé dès l'enfance à l'opéra pékinois, Tony Ching Siu-Tung commence sa carrière en devenant cascadeur sur des films de la Shaw Brothers avant de faire ses premiers pas de chorégraphe sur des productions télévisées. Fils du réalisateur Chen Kang, il travaille dès l'âge de dix huit ans sur le tournage de l'un des films les plus célèbres de son père : Les 14 Amazones, qui sort actuellement sur les écrans. Sur le tournage, Tony Ching Siu-Tung est non seulement cascadeur mais assiste aussi le directeur d'action vétéran Leung Siu-Chung (Les Griffes de Jade) dans la réalisation des scènes de combat. Depuis, Tony Ching Siu-Tung a fait son chemin, un chemin au cours duquel il a eu la chance de faire de belles rencontres artistiques dont la plus importante est certainement le réalisateur et producteur Tsui Hark. Ce dernier lui a permis d'exprimer son talent de chorégraphe sur les meilleurs films de John Woo et de développer ses talents de réalisateur sur la trilogie mythique des Histoires de Fantômes Chinois.

On a souvent suspecté que Tony Ching Siu-Tung ne serait rien sans son producteur Tsui Hark. Pourtant, si son rapprochement avec ce dernier a indubitablement joué un rôle fondamental dans sa carrière, son parcours ne s'est toutefois pas arrêté à cette étape. Et l'on ne peut nier que le travail du chorégraphe / réalisateur a grandement participé à enrichir l'univers visuel du wu xia pian tel que nous le connaissons actuellement.
Finalement, qu'est-ce qui définit le style de Tony Ching Siu-Tung ?


Au milieu de Jet Li, Chirstopher Doyle et Zhang Yimou,
Tony Ching Siu-Tung sur le tournage des scènes d'action de HERO

Les influences de l'opéra pékinois

Inscrit par ses parents à l'Orient Drama School, Tony Ching Siu-Tung étudie dès l'enfance l'Opéra de Pékin, un art qui a incontestablement marqué son univers visuel et sa manière d'envisager les scènes d'action.

Comédies satiriques ou épopées guerrières, le plupart des pièces de l'Opéra de Pékin sont inspirées soit d'œuvres littéraires, et dans ce cas le chant d'opéra prime sur le reste du spectacle, soit de contes folkloriques et de légendes taoïstes, donnant la part belle aux arts martiaux et aux acrobaties. Sophistiqués et colorés, les maquillages et costumes doivent permettre aux spectateurs situés au fond de la salle de distinguer les personnages, tout en renseignant sur leur caractère. Les érudits parviennent même à reconnaître les personnages mythologiques rien qu'à leur parure. Aux chants et à la musique (jouée sans partition, les musiciens suivent les danseurs et acrobates) s'ajoutent les arts martiaux et les acrobaties expressives, d'une virtuosité souvent stupéfiante.


Jet Li et Brigitte Lin Ching-Hsia dans SWORDSMAN 2

Lorsque l'on envisage la genèse du cinéma d'arts martiaux, on pense immédiatement à la littérature wu xia, les récits d'auteurs tels que Jin Yong et Gu Long ayant inspiré une grande partie des scénarios des films du genre. Mais le cinéma d'arts martiaux est aussi étroitement lié à l'Opéra de Pékin, ne serait-ce qu'en raison du nombre important de cascadeurs et comédiens formés à cette école. Au hasard, on citera à titre d'exemple le célèbre trio formé par Jackie Chan, Sammo Hung et Yuen Biao, auquel il faut ajouter le chorégraphe Corey Yuen Kwai. Le cinéma a parfois puisé dans les mêmes légendes que l'Opéra de Pékin, offrant une relecture et une mise en images forcément différente de ce qui était décrit dans les récits d'origine. Pour l'anecdote, le sublime Green Snake, de Tsui Hark, est tiré de la célèbre légende du Serpent Blanc (Bai Su Zhen), qui avait auparavant donné lieu à un opéra – dont on entrevoit une scène dans Il était une fois en Chine, du même Tsui Hark.


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