LA MOUCHE - David CronenbergLa Mouche version David Cronenberg est le remake d'une curiosité américaine des années 50 avec Vincent Price (le bien nommé The Fly). En se réappropriant ce classique Bis fleurant bon les fifties à l'aune des années 80, Cronenberg flirte intelligemment sur la vague des maladies dangereuses tel le SIDA. Le moral est alors en berne et le monde découvre ce virus ravageur. L'heure est aux craintes de l'autre, des relations sexuelles, et de la science toujours. Il suffit pour s'en convaincre de voir comment l'histoire d'amour entre Seth et la journaliste se développe. Seth, poursuivant ses propres desseins en vivant une mutation douloureuse de son corps, enfantera sa compagne d'une progéniture hybride mi-mouche mi-humain (ce qui se développera dans une suite moins intéressante). Cronenberg poursuit ainsi ses propres thématiques d'alors du corps-mutant en souffrance, de la nouvelle chair, et des limites supposées de la science et de la moralité. Ces aspects n'étaient pas présents dans le précédent film avec Price qui ne gardait que l'aspect fou du génial scientifique. Si la dernière version utilise aussi le basculement vers la folie, cela se passe par l'entremise d'une modification en profondeur des propres pulsions de Seth. Pour vivre, il doit peu à peu adopter le mode opératoire d'une mouche (en perdant ses dents, il est amené à faire fondre sa nourriture pour l'ingurgiter). Il est d'ailleurs étonnant de voir comment cet homme arrive finalement à s'adapter à son « évolution », même si une dernière note d'humanité l'entraînera finalement vers sa propre mort. Ultime sursaut d'humanité ?

Dossier rédigé par David Brami, Kévin Dutot, Florent Kretz, Vincent Martini et Nicolas Schiavi