Brave, de Richard Stanley (1994) – D'après l'album éponyme de MarillionLes aficionados vous le confirmeront : Marillion est l'un des meilleurs groupes anglais de rock progressif actuel. De leur abondante discographie avec Steve Hogarth comme chanteur, une pépite émerge :
Brave. Un voyage de plus d'une heure quinze constitué de nappes mélancoliques Floydiennes alternant avec des morceaux aux consonances plus rock où la qualité des mélodies ne prend jamais le pas sur l'importance des paroles. Et vice-versa. Primordial quand on sait que l'album nous raconte une histoire, celle d'une jeune fille toxicomane retrouvée amnésique et muette sur un pont anglais. Peut-être leur chef-d'œuvre.
Pour promouvoir l'album, plutôt que d'opter pour le traditionnel clip, les membres du groupe prennent la meilleure décision possible en décidant de transformer l'album en long métrage. Quoi de plus logique dans la mesure où l'une des prérogatives d'un
concept-album est de raconter une histoire au fil des pistes, avec un début, un milieu et une fin. Ils passent donc commande auprès de Richard Stanley, qui s'était surtout illustré alors par un premier film de S.F. très remarqué malgré un budget au raz des pâquerettes :
Hardware (1990).
Las, force est de constater que le film ne tient pas tout à fait ses alléchantes promesses et passe à côté de son potentiel. La faute à des moyens étriqués? Sans doute en partie – le tournage en vidéo et la mise en scène à l'arrachée n'étant certes pas un plus -, mais l'on est surtout gêné par l'absence pure et simple de certains morceaux ou portions de morceaux de l'album, un comble pour du rock progressif où par définition ; chaque piste vient ajouter sa brique à une vue d'ensemble.
Paper Lies,
Made Again, le début de
Goodbye to All That et la fin de
The Great Escape passent ainsi à la trappe. A l'inverse, le groupe se fend d'un court morceau pour l'épilogue (
Fallin' from the moon) qui ne figure pas sur l'album.
Si l'on peut pardonner ces coupes effectuées de toute évidence pour des raisons budgétaires, on est en droit d'être moins cléments vis-à-vis de choix de mise en scène parois discutables, comme certains effets vidéos ayant pris un coup de vieux depuis ou l'alternance un peu plan-plan entre les intermèdes "narratifs" (où un psychiatre parle en voix-off à l'héroïne) et les morceaux en eux-même (où les membres du groupe interviennent sporadiquement et sans réelle logique). Les spectateurs les moins cléments pourraient ainsi avoir l'impression de visionner une suite de clips ayant en commun leurs acteurs et leurs décors plutôt qu'un véritable long métrage.
Les fans inconditionnels du groupe et les amateurs d'OFNIs, quant à eux, salueront une initiative trop rare dans l'industrie du disque, une histoire pas bégueule (le film ne tente pas d'édulcorer son sujet) et l'interprétation à vif de Josie Ayres dans le rôle titre.
La vérité se situe sans doute entre les deux.