On n'a pas réussi à mettre la main dessus mais on vous en parle quand même : Ce petit tour d'horizon serait incomplet sans évoquer, au moins brièvement, quelques représentants plus ou moins illustres du genre. Tellement peu illustres, pour certains, qu'il est d'ailleurs difficile d'en retrouver la trace ; mais enfin passons.
Tout d'abord, il serait criminel d'omettre
Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (Michael Schultz, 1978), un autre projet mis sur pieds dans le but de capitaliser sur le succès des Quatre Garçons dans le Vent, mais autrement plus barge que
Yellow Submarine. Jugez plutôt : pour réinterpréter l'album des Beatles et se glisser dans le costume de lumière des membres de l'orchestre, on ne trouve pas moins que les Bee Gees et Peter Frampton (que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaîîîîtreuh, mais qui est pourtant très connu). Ils sont épaulés dans leur karaoké de luxe par – attention les yeux -: Aerosmith, Donald Pleasence, Steve Martin, Alice Cooper et Earth, Wind & Fire. Un grand moment de portnawak en perspective, par ailleurs disponible en DVD zone 1.
Alice Cooper, encore lui, s'était déjà illustré dans le genre par le passé avec
The Nightmare, un téléfilm produit la même année que Tommy (si vous avez oublié la date c'est que vous n'avez pas lu assez attentivement ce dossier ; c'est mal), et basé sur son album
Welcome to my Nightmare. En à peine une heure de film, Alice Cooper est guidé de cauchemar en cauchemar – et de chanson en chanson – par le Maître des Cauchemars, incarné par l'immortel Vincent Price, un choix frappé au coin du bon sens.
Il faut croire que Tommy a créé des émules, et que pour être une rock-star digne de ce nom, il faille pouvoir se targuer d'avoir un film à sa Gloire. Citons ainsi Michael Jackson avec
Moonwalker (1988, Jerry Kramer et Colin Chilvers), même s'il s'agit plutôt d'un digest de clips avec quelques séquences de fiction que d'un véritable film musical ; ainsi que son rival d'alors, le Kid de Minneapolis
aka. Prince
aka. Love Symbol, qui s'est compromis devant et derrière la caméra avec
3 Chains o' Gold (1994, coréalisé avec Parris Patton), un film sorti en vidéo où Prince remue la glotte sur fond de malédiction égyptienne. Mieux vaut ne pas chercher à comprendre. Jon Bon Jovi semble avoir pris les choses plus au sérieux avec
Destination Anywhere (Mark Pellington, 1997), un moyen métrage de 45 minutes qui s'offre tout de même les services de Demi Moore, Kevin Bacon et Whoopi Goldberg, et où les chansons/clips servent de background à une histoire lorgnant vers le film noir. C'est du moins ce que laisse supposer le résumé...
Plus ambitieux dans son approche et se rapprochant ainsi d'un
Tommy, on trouve
Rainbow Around the Sun, terminé cette année, et basé sur l'album éponyme de Matthew Alvin Brown. Durée respectable de 75 minutes, volonté de raconter une histoire avec un point A et un point B (en l'occurrence une libre adaptation de la vie de l'artiste), chansons aux paroles "narratives"... Tous les ingrédients semblent réunis. Ne lui reste plus qu'à trouver un distributeur pour nous charmer les mirettes et les esgourdes.

Et l'avenir dans tout ça? Soyons francs : ce n'est pas exactement comme si l'on dissertait sur les films de fantômes japonais revanchards aux cheveux sales. Le sous-genre qui nous occupe, si tant est que l'on puisse lui accoler ce qualificatif, se montre peu prolifique. Difficulté actuelle à monter des projets "atypiques", déficit de concept-albums potentiellement adaptables, manque de volonté de la part des musiciens et des réalisateurs peut-être... Les raisons sont multiples. C'est donc avec d'autant plus de joie et d'impatience que l'on apprend, en farfouillant un peu sur la toile, que le prochain projet de Terry
Brazil Gilliam pourrait consister en une adaptation animée des albums et de l'univers visuel de Gorillaz, groupe virtuel que l'on ne présente plus, et dont
Demon Days, le dernier album, a en effet tout de l'opéra rap-électro potentiellement explosif (ce n'est d'ailleurs pas innocent si un spectacle musical s'est monté cette année autour de la musique du groupe).
Un réalisateur charismatique et légèrement perché, un groupe novateur et visuel, un album riche et populaire : les conditions sont réunies pour reproduire la martingale de
Tommy ou de
The Wall. Reste à savoir quand l'électrochoc propice à la résurrection du genre aura lieu, et surtout...
si il aura lieu. Car les dernières nouvelles du projet remontent à plusieurs mois maintenant.
Se fera, se fera pas? Nous prêterons une oreille attentive aux rumeurs. En attendant, rien n'interdit de réviser ses classiques, et d'entonner une énième fois
Pinball Wizard et
Another Brick in the Wall. Et pour que la boucle soit bouclée :
Long live Rock n'Roll, encore.