6. Contre-espionnagePeut-être aussi important, sinon plus, que d'espionner son voisin : l'empêcher de nous espionner. C'est la tache principale des bureaux de contre-espionnage de part le monde, avec des méthodes sensiblement similaires à celles de la police civile pour les affaires de droit commun. À une grosse différence près : lorsqu'un agent ennemi est découvert, qu'il soit sous couverture ou qu'il s'agisse d'un agent double, les agents du contre-espionnage ne l'arrêtent pas immédiatement, voire pas du tout. Il est parfois bien plus intéressant stratégiquement d'utiliser un avantage primordial (l'initiative) pour fournir à son insu de faux renseignements à l'espion indélicat. Le travail de sape pourra ainsi se retourner contre ses instigateurs. Ce n'est que quand la situation ne peut pas être exploitée pour l'une ou l'autre raison que l'agent est neutralisé et arrêté.
Toutes les grandes nations ont un service gouvernemental dédié spécifiquement au contre-espionnage. En France, il s'agit de la
DST (Direction de la Surveillance du Territoire), qui au contraire de la DGSE, dépend du Ministère de l'Intérieur. Le Canada a le CSIS (Canadian Security Intelligence Service), l'Angleterre a son très médiatique
MI5 (Military Intelligence section 5), cousin domestique du MI6, l'Israël a son
Shabak, et l'Allemagne son Militärischer Abschirmdienst (soit MAD, c'est rigolo et c'est même pas fait exprès). Mais ce sont encore une fois les Etats-Unis qui tirent leur épingle du jeu, avec une multitude d'agences s'occupant plus ou moins exclusivement de la sécurité du territoire. La plus célèbre est bien sûr le
FBI, mais on compte aussi l'Office of the National Counterintelligence Executive (NCIX), une bonne partie de la
National Security Agency, dont le job est de surveiller et décrypter les communications potentiellement dangereuses pour la sécurité des U.S.A. à un niveau mondial (en partie via le système ECHELON, programmé pour repérer automatiquement certains mots clés dans les discussions téléphoniques, les fax, les mails...), le Counterintelligence Field Activity (CIFA), l'Air Force Office of Special Investigations (AFOSI), le CTU, Jack Bauer, les Men In Black...
Un film: Les Enchaînés (Notorious), de Alfred Hitchcock (1946) 
Un des meilleurs films d'espionnage du grand Hitch, ce qui n'est pas peu dire dans la mesure où il a été l'un des plus prolifiques dans ce domaine. Ici, il parvient à allier la romance (l'histoire d'amour contrariée entre Cary Grant et Ingrid Bergman est une des plus belles du cinéma d'après guerre), le suspense (la scène des bouteilles de champagne), l'intrigue policière (ce sera constamment à celui qui a un coup d'avance sur l'échiquier) et l'Histoire toute fraîche via le thème des Nazis réfugiés en Amérique du Sud (le film se déroule à Rio) et fomentant une vengeance contre les Etats-Unis.
C'est dans ce contexte qu'Ingrid Bergman, fille d'un espion nazi mais vivant aux U.S.A., est recrutée par Cary Grant avec pour seule satisfaction celle de pouvoir effacer en partie les fautes de son père et de servir son pays d'adoption. Il s'agira pour elle de se rapprocher d'un ancien ami de son père afin de découvrir ce qu'il manigance, ce qui sera bien peu du goût de son mentor - déjà passablement amoureux d'elle -... Manipulation, mensonges, double jeu et sentiments se télescopent dans ce petit bijou du genre, n'ayant pas pris une ride en 60 ans. Vous savez ce qu'il vous reste à faire.