Par Cédric Muffat - publié le 07 septembre 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h49 - 0 commentaire(s)
Les meilleures choses ayant une fin, nous allons refermer ce dossier. Mais pas avant toutefois d'avoir rendu hommage aux "petits jeunes", simplement histoire de s'assurer que point de vue réalisme, en tout cas, l'offre ne faiblit pas.

L'occasion était ainsi trop belle pour ne pas citer une nouvelle fois John Frankenheimer, et son
Ronin de 1998. à la fois plongée passionnante dans l'univers des soldats de fortune et enthousiasmant exercice de style destiné à dépoussiérer certains poncifs du genre (la valise que tout le monde convoite et dont on ne saura jamais ce qu'elle contient, les trahisons en tous genres, la poursuite automobile...), le film est une réussite presque totale qui prend du galon à chaque diffusion télé. C'est également le cas de
13 jours, de Roger Donaldson, film ultra-documenté sur la crise des missiles de Cuba. S'il n'appartient pas directement au genre qui nous occupe, il a le mérite, via une scène en particulier, d'illustrer clairement le genre de situations où le recours à un espion peut se révéler douloureusement indispensable dans la gestion d'une crise internationale. Nikita Khrouchtchev utilisa ainsi un homme de confiance établi sur le territoire américain pour envoyer un premier message à J.F.K., aucune ligne directe n'existant alors entre les deux pays. (C'est d'ailleurs à l'issue de cette crise que le fameux
Téléphone Rouge – qui n'était pas un téléphone mais un fax, et qui n'était pas rouge en fait - fut installé entre Washington et le Kremlin, le 30 août 1963.)

Enfin, si ce sont les Hommes du Président et leurs méthodes parfois extrêmes de régler les problèmes qui vous intéressent, nous vous conseillerons deux films, dans deux registres légèrement différents : le premier se nomme
Spartan, et jette sur les membres des forces spéciales chargés de veiller à la sécurité du Président et de sa famille un éclairage pour le moins estomaquant. Non-droit, torture, opérations clandestines... Une excellente surprise, signée par le non moins excellent David Mamet.
Le deuxième a été volontairement laissé pour la fin. Le film-somme de Robert De Niro méritait bien cela.

En un peu plus de deux heures, l'acteur / réalisateur s'empare d'un script à tiroirs absolument captivant pour nous conter, à hauteur d'homme, la création de la CIA. Rien de moins. Et si l'histoire de
Raisons d'Etat (titre français hideux de
The Good Sheperd) s'inspire avant tout de la vie de James Angleton, ce n'est pas un hasard. Le parcours de l'homme – un des piliers fondateurs du contre-espionnage – y est inextricablement lié à celui de l'institution, pour le meilleur et pour le pire.
Le film n'aurait pu trouver meilleure métaphore de ce qu'est aujourd'hui la CIA, et par extension tout service gouvernemental de renseignements dans le monde. Une hydre parfois perspicace, parfois utile, parfois déraisonnable, parfois incontrôlable. Une hydre dont chacune des têtes présente un aspect irrémédiablement Humain. Il en va donc du cinéma comme des forces qui tirent des ficelles trop longues et trop inextricablement nouées pour ne pas dépasser notre entendement : au bout du compte, au pays de l'espionnage international, tout reste l'affaire d'êtres humains. Ce qui est rassurant.
Ou pas.