Par Cédric Muffat - publié le 26 juin 2006 à 12h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h01 - 0 commentaire(s)
Si le livre -et donc le film- se permettent quelques entorses au réalisme (rien ne permet de dire qu'en 1989, la "chenille", le système de propulsion utilisé par le submersible, existe réellement), c'est bien peu de choses en regard de la qualité de la reconstitution : l'usage du Dry for Wet, une technique qui consiste à filmer une maquette dans un studio enfumé pour simuler un environnement aquatique, est ici utilisé avec un rare bonheur. Le film réserve aussi quelques surprises invisibles: le sous-marin que l'on aperçoit dans une cale sèche au début du film, par exemple, est un vrai sous-marin nucléaire de l'armée américaine. La mise en scène, quant à elle, regroupe toutes les obsessions de McTiernan: mise en place des enjeux au moins aussi importante que la résolution de l'intrigue, caractérisation de l'espace et importance de la géographie lors des scènes d'action, prédominance des langues (on se rappelle de ce plan fugace mais génial pour assurer la transition entre la langue russe et l'anglais à bord de l'Octobre Rouge)… un pur moment de grâce, autant pour le genre que pour John McTiernan.



U.S.S. Alabama (Crimson Tide)
Tony Scott, 1995


Une nouvelle mise en image de la peur du nucléaire, et pas une des moins convaincantes: ici, le danger ne vient pas d'un submersible ennemi, mais à nouveau de l'intérieur. Le scénario part d'une constatation pour le moins inquiétante: à la date de sortie du film, tout ce qu'il fallait au commandant d'un sous-marin nucléaire pour lancer un missile était un ordre direct, une clé et la confirmation par son commandant en second que l'ordre était authentique. Depuis, le protocole a été modifié et seul le président des Etats-Unis peut ordonner la mise à feu des missiles nucléaires (ce qui n'est guère plus rassurant, remarquez), mais il y a dix ans, cette situation pouvait faire poindre une inquiétude légitime. Que se passerait-il donc si le commandant et son second entraient en désaccord? Ou si les ordres de lancements étaient entre-temps invalidés sans que cela ne puisse être confirmé?





Telles sont les questions qu'explore le film de Tony Scott avec, il faut le dire, une indéniable maestria. C'est à un pur suspense psychologique que l'on est ici confronté, l'affrontement claustrophobique entre le commandant (Gene Hackman, né pour le rôle) et son second (Denzel Washington, itou) n'étant interrompu que le temps d'un combat contre un sous-marin russe destiné à assurer au film son quota de scènes d'action. Le reste du temps, c'est au cœur du sous-marin que la bataille fait rage; entre mutineries, menaces et armes pointés au visage. Quand on saura que Quentin Tarantino a donné un gros coup de main -non crédité au générique- pour certains dialogues (les digressions sur Moebius ou les étalons-léopard portent sa griffe de façon indéniable) et que le film reste comme une des meilleures productions Bruckheimer, on ne voit vraiment pas pourquoi l'on s'en priverait.


Vos réactions


logAudience