Par La Rédaction - publié le 24 octobre 2007 à 03h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 10h59 - 0 commentaire(s)
The lady from Shanghai de Orson Welles - 1947
L’histoire la plus simple possible, celle d’un homme qui tombe sous le charme d’une femme qui se révélera fatale à plus d’un titre, donne lieu à un classique du film noir dans toute sa splendeur. Porté par le couple légendaire formé par Orson Welles et Rita Hayworth, entouré de mystère et d’anecdotes (montage modifié, sortie repoussée de plusieurs années, divorce du couple, Welles qui décide de couper la somptueuse chevelure de Rita Hayworth, et qui aurait réalisé et écrit ce film sur le coin d’une table uniquement pour régler ses problèmes d’argent), ce film tiré du roman I die before I wake de Sherwood King reste une oeuvre à part dans la filmographie de Welles, un film classique teinté d’onirisme. Le dernier quart d’heure vaut à lui seul le coup d’œil, mettant en scène ses personnages dans une galerie de miroirs qui les reflètent et les multiplient à l’infini (scène reprise par Woody Allen dans Manhattan Murder Mystery) avant de les mener vers un final aussi sombre que puissant.


SANG POUR SANG de Joel et Ethan Coen – 1984
Le premier film des frères Coen tient de la mini-révolution dans le cinéma américain des 80’s. On est alors en plein boom d’une génération de cinéastes formés à l’école New Yorkaise : Spike Lee, Jim Jarmusch et consorts. Tous s’entichent d’un cinéma marqué par des influences européennes, un cinéma intimiste en noir et blanc. Les Coen y préfèrent le noir tout court. L’intrigue de Sang pour Sang (le mari, la femme, l’amant et le privé, chacun qui croit truander ou être truandé par les autres) renoue avec la tradition littéraire américaine d’un Jim Thompson : la radiographie d’un environnement tordu –en l’occurrence le Texas, Etat aussi riche que bouseux- avec un quelque chose de plus contemporain : Un sens dévastateur de l’ironie.. Sous ses airs d’un pur exercice de style autour de la série B régressive, Sang pour sang cache une érudition passionnelle pour le roman policier (jusqu’au titre original Blood simple, emprunté à l’argot des livres de Dashiell Hammett). Tout le reste dans cette relecture policière d’un marivaudage qui tourne mal est affaire de contre-culture, de déconstruction formelle. Les Coen amenant à leur science du film noir, une certaine décomplexion, osant un peu de bricolage avec leur caméra là où tout réclame une certaine rigueur. L’effronterie de Sang pour sang, jusque dans l’éclat de rire sardonique qui ponctue la dernière séquence, aère la souricière que les deux frères construisent autour de leurs personnages, panel d’une ordinaire mais pathétique espèce humaine. Plus tard, les Coen tenteront de refaire un coup similaire avec Fargo et Big Lebowski sans atteindre les sommets de Sang pour sang, réussite de film noir post-moderne.

A FLEUR DE PEAU de Steven Soderbergh – 1995
On a toujours pris Steven Soderbegh pour un cinéaste contemporain. En fait, ce serait plutôt un cinéaste du passé. La plupart de ses films sont rattachés, ouvertement ou pas, à ses aînés. A fleur de peau ne cache pas ses origines puisque c’est le remake officiel de Pour toi j’ai tué (de Robert Siodmak). A presque cinquante ans d’écart, Soderbergh reprend donc l’histoire d’un joueur compulsif se faisant balader par le bout du nez par son ex-femme. Dans un premier temps, ça sonne bizarre : le freluquet Peter Gallagher n’est pas vraiment des plus qualifiés pour marcher dans les pas de Burt Lancaster. Tout comme Allison Elliott fait une piètre femme fatale en comparaison d’Yvonne De Carlo. Pas grave, tout tient sur l’acharnement de Soderbergh à vouloir se réapproprier le film de Siodmak. Récit éclaté en enchevêtrement tordu de flash-backs, utilisation de la lumière comme élément psychologique, et surtout vision acerbe de la middle-class révélant pour donner la vraie tonalité du film : pas de place pour les sentiments. Plus que Sexe, mensonge et vidéo, A fleur de peau fait affleurer à la surface la vraie nature d’un cinéaste : une certaine forme de misanthropie désabusée. Qui lui va finalement bien mieux au teint que le cynisme avec lequel Soderbergh fait ses films ces dernières années.


12 Hommes en colère de Sidney Lumet -1957
Quel réalisateur encore vivant peut se targuer d'avoir offert certains des meilleurs polars de l'histoire du cinéma . 12 Hommes En Colère fait partie de ces films incontournables à plus d'un titre. Premier film de Lumet et premier chef-d'oeuvre du maître. Avec ce métrage, il met déjà en place les différents thèmes qui lui sont chers et qui matérialisent l'approche du polar à la façon de Lumet. Celui-ci met en lumière la place des individus et de leurs principes qui face à la pression sociale, comme ici avec la dimension procédurière du huis clos dans le palais de justices. Lumet dévoile au travers d'un scénario parfaitement maîtrisé les failles des sacro-saintes institutions américaines, ainsi que la déshumanisation d'un système déliquescent. La construction du film quant à elle est très théâtralisée, ce qui permet à Lumet de mieux déployer la dramaturgie de sa mise en scène. Unité de temps, de lieu, d'action, intronisée par ce superbe plan-séquence qui part des marches du palais de justice pour finir dans la salle d'audience. Il exhorte toute notion de hors champ au sens propre comme au figuré, pour conférer au film une dimension dramatique exacerbée. Le découpage est splendide, les dialogues impeccables. Chaque parole, chaque mot prend une dimension des plus cruciale dans le cadre du procès. Lumet a parfaitement intégré les éléments intrinsèques propres au polar. Il pause son ambiance et ses personnages. Ce qu'il l'intéresse avant tout c'est la profondeur psychologique de chacun de ses 12 hommes. C'est pour cela que le réalisateur ne cherche jamais à laisser aller sa caméra sur la réaction de l'auditoire, mais bien évidemment sur la personne qui prend la parole. Ce qui renforce la pertinence des propos tenus. C'est par le discours que tout se joue et qu'il y va avoir un impact sur le comportement des gens qui l'écoutent. Dès lors, Lumet verrouille son film dans un huit clos haletant où chacun des 12 jurées vont un à un faire tomber le masque de la bienséance. Film bouleversant et extrêmement bien pensé 12 Hommes En Colère fait de Lumet un maître en matière de polar "old school" comme on les aime tant.

Un dossier rédigé par Jean-Baptiste Guégan, Cédric Muffat, Mathilde Durieux, David Brami, Alex Masson, Gwenael Tison.
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